Les jeux dangereux de Bernard Montorgueil

Bernard Montorgueil fut le sublime profane les illustrations des romans à l'eau de rose. Comme Klossowski il respecte les détails bourgeois de la décoration mais remplace les situations habituelles en divers jeux au charme douleureux et à la volupté contondante.
La femme y règne en maîtresse des ordinations. Le tout non sans jeux de miroirs en divers dédoublement et écartèlements érotiques. L'œuvre reste cachée. Elle circula sous le manteau dans les années 50.
"Dressage", "Une Brune Piquante", "Les Quatre Jeudis", "Barbara" d'abord calligraphiés demeurent encore des ovni de la littérature et de l'art.

Sur divers fonds des scènes à l'érotisme brûlant deviennent des farces aussi obscènes que ludiques. Existe divers types de retournements. De l'œil au regard s'instruit la médiation de l’œuvre : elle qui fissure énigmatiquement les certitudes et règles sexuelles trop facilement acquises de même que la contemplation fétichiste. Elle n'est plus seulement réduite alors à un objet purement narratif de manière franchement réaliste.

Dans chaque œuvre se manifeste quelque chose du regard. Et Montorgueuil en retient une sélection particulière dans des "dialectiques ludiques" que la morale réprouve. Selon un genre figuratif particulier, via les mille jeux du maniérisme délicieusement masochiste ou sadique la béance oculaire vient s'inscrire dans la représentation de la volupté qui ne connaît pas le calme.

Jean-Paul Gavard-Perret
 

Bernard Montorgueil, Carnets, coll." A Dieu ne plaise", Maison Dagoit, Rouen, février 2019, 18 €

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