Toutes les femmes sauf une

La naissance d’un enfant, plus beau jour de l’existence  d’une femme ? Pas pour Marie, l'héroïne, qui outre les désagréments du moment revoit défiler les moments graves de sa vie, à l’aune des rapports exécrables qu’elle entretient avec sa mère.  Une mère ?  
Une génitrice, tout au plus, une femme qui l'a toujours rabaissée, méprisée suivant une sorte de tradition familiale selon laquelle, les femmes reproduisent le malaise d'être du genre féminin sur leurs filles, en une lignée maudite. Une malédiction qu'elle doit rompre pour instaurer d'autres rapports avec sa petite Angèle de quelques heures.

La jeune mère épuisée, « éventrée »  près du berceau qui la « terrifie »  s'interroge  après un coup de fil à sa propre mère qui lui  reproche d'avoir  aussi « raté ça », la naissance desa fille. Dans « une mare de sang, de pisse et d'eau »,  les humiliations de l'enfance reviennent,  mêlées à la violence de la maternité, cet endroit où on « la traite comme un mammifère ».  
Au fil des heures, elle égrène au nourrisson, les propos si durs qui ont failli la détruire,  lui exhibe ces blessures encore ouvertes qu'elle doit refermer pour que l'amour puisse naître entre elles.

Elles sont rudes  ces sentences, « cette catastrophe de la langue des femmes » : « tu l'as pas volé ; tu vas le payer ; t'as tout faux ; t'as pas intérêt... »
La mère n'est pas tout à fait Folcoche,  simplement elle  n'est pas facile, trop intelligente pour sa vie ratée, elle analyse trop. Elle a des circonstances atténuantes : une fratrie de 7 enfants dans laquelle elle avait peine à exister et déjà des mots qui tuent. Plus tard, il y aura un mari peu présent. Quand  devenue adulte, sa fille obtiendra son premier prix littéraire, elle aura cette remarque : « ils ne savaient pas à qui le donner... » ; « l'écriture, c'est quelque-chose que je t'ai laissé ; c'est grâce à moi... »

Les relations entre mère et fille sont rarement sereines, trop fusionnelles, trop distantes ou trop maladroites. Aucune n'a tout bon ou tout faux. Dans le roman  juste et glaçant de Maria Pourchet,  le lien entre le bébé et sa mère ne peuvent s'établir qu'en exorcisant le passé et ses paroles assassines. Il faut à la narratrice la force de renverser les rôles, de se persuader qu'elle n'est pas la mauvaise fille, la mauvaise mère qu'elle imagine et de dire enfin : désormais, c'est moi qui écris, c'est toi qui écoutes  afin de rompre la malédiction des femmes.

Elle évoque aussi le sujet trop rarement évoqué en littérature de l'horreur de l'accouchement. Avoir un enfant est peut-être un grand bonheur mais les conditions physiques et morales d'une naissance sont  parfois à la limite du supportable. Il faut tout le talent et la lucidité de l'auteur pour le dévoiler.

Brigit Bontour

Maria Pourchet, Toutes les femmes sauf une, Pauvert, septembre 2018, 136p. -, 17 euros

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