Marie-Laure Dagoit l’exterminatrice

Se faisant éducatrice Marie-Laure Dagoit apprend aux apprenties esthéticiennes que le plaisir commence où l’épilation finit. Le dôme doit s’orner du sourire vertical sans la moindre moustache afin que l’obélisque de fiers alezans fascinés soit happé de son onde entre le terrain nu qui borde ses deux rives. « Vis-à-vis de la clientèle, l’esthéticienne doit être correcte, propre et digne. Correcte. Elle doit porter des vêtements entretenus, des chaussures nettes, du linge non douteux. » écrit la prescriptrice : et à bonne "entondeuse", salut. Tout se passe comme si l’homme adossé au lotus n’a que faire de la moindre épine. Rien de rugueux n’est possible, tout est dans le velouté. D’où l’usage de la cire ou du rasoir dont le maniement doit être impeccable afin  que la peau devienne soie sans pour autant vider le ventre.  Evitant la miséricorde superfétatoire envers ses élèves la maîtresse femme compile les règles idoines afin que les femmes entrées clientes ressortent métamorphosées en idoles et odalisques. Le soleil rougi de leur coupole (empourpré de glace lors de l’élagage) accordera à la bouche sentinelle d’un amant l’occasion d’apprécier l’haleine vaginale sans risque de se blesser. On comprend que l’ordinatrice accorde à cet apostolat et à celles qui s’y « con-sacrent » des conseils capitaux et capiteux : il ne s’agit par pour celles-là de donner l’impression de porter leur croix sur le glaïeul incendiaire.

 

Jean-Paul Gavard-Perret


Marie-Laure Dagoit, « Le pubis rasé et frais », Editions Derrière la salle de bains, Rouen, 10 €


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