Marie_Laure Dagoit : Sublimation

Ne nous y trompons pas : « Sexie » c’est en grande partie son auteure. Toutefois et si on lui demandait elle jurerait le contraire. Elle a parfois de telles absences de mémoire. D’autant qu’elle ne cultive jamais le pas en arrière sauf lorsqu’il s’agit de publier les textes de Dada, du Surréalisme, de la Beat Generation ou des Situationniste. Jouant de défaillances programmées elle finirait par faire croire qu’une fois son travail d’édition terminée elle boit trop de tilleul en caressant son chat. Belle torsion programmatique de la nageuse en eaux troublantes car si elle est gourmande et aime la réglisse  elle n’est pas une maniaque des maniques au point de croix ou des pots en macramé. La théorie de tels hobbies prend chez elle très vite la poussière. Elle préfère inventer des égéries  qui échappent à la simple analogie ou correspondance dans un senti immédiat, un aveu consenti mais aussitôt contrefit - c’est le seul côté Sarkozy de la créatrice.


Celle-ci  les façonne en les dégageant d’un étau physique trop précis comme du vice de l’idéalité. Nul ne sait si « Sexie » vient du corps, de la pensée où d’un lieu dans la langue plus sourde qu’indolente : au sein d’une écriture sans circonvolutions métaphoriques l’enveloppe charnelle voluptueuse implique une intériorité. Elle métamorphose le modèle attendu « normalement » dans la littérature « caliente ». Le récit poétique avance pour séparer l'être du réel au profit d'extases nues. Cela ne revient pas pour autant à ranimer les fantasmes si ce ne sont ceux dont nul ne vient à bout dans l’enchevêtrement des nuits et des jours. Reste néanmoins une part de désir où la béance de l'indicible garde tout son sens. Sexie (comme son double dessiné par Mirka Lugosi ) en ses dessous chics sort de l'état de  simple gaine,  fourreau ou étui, elle redevient un signe qui échappe à la seule fonction de communication et de référence. Elle atteint un rôle supérieur en ouvrant l’imaginaire par ce que la poétique de Marie-Laure remet en jeu.

  

Jean-Paul Gavard-Perret


Marie-Laure Sagoit, « Sexie », Editions Derrière la Salle de Bains, dessin de Mirka Lugosi, Rouen, 10 €

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