Maud Tabachnik, L'impossible définition du mal : Au plus profond de l’âme d’un monstre

Les premières pages ouvrent sur un paysage d’horreur : Un convoi de camions est bloqué à une frontière aux confins de la Russie. L’un d’entre eux transporte des jeunes filles, victimes d’un trafic. Elles sont, dans le grand délabrement moral du pays, destinées à être vendues comme prostituées dans des capitales de l’ouest.

Ne pouvant traverser le soir même, le chauffeur, un pauvre hère pas méchant décide de s’arrêter dans une ferme perdue qui héberge tout le monde pour la nuit. Le lieu est lugubre, le tenancier plus que louche, les lits nauséabonds, les douches hors d’état.

Au petit matin, l’une d’entre elles, Hélène Koskas, quinze ans a disparu, personne n’a rien entendu. Son corps mutilé est retrouvé aux alentours. Ni le chauffeur ni l’hôtelier ne semblent être les coupables selon la police qui commence à mener une enquête sans avoir le moindre indice.

Au fil du temps, grâce à un témoignage ténu mais capital, le commissaire Braunstein en charge du dossier soupçonne un cadre bien inséré dans la société russe.

Trop intègre, trop zélé, le policier vient tout juste de rejoindre le commissariat de Rostov sur le Don après avoir été dégradé pour avoir tenté de faire le ménage dans la police moscovite. L’homme en question est un haut fonctionnaire au dessus de tout soupçon qui dîne avec l’élite de la ville de Rostov. Plusieurs fois interrogé au sujet de crimes atroces commis par un meurtrier cannibale dans le passé, il a toujours été relaxé. Le commissaire à force de ténacité et d’intuitions parviendra à ses fins en arrêtant un des plus épouvantables criminels qu’ait connu le pays.

Le personnage dont s’est inspiré l’auteur est Andreï Tchikatilo, l’ogre de Rostov, un des pires cannibales qui ait jamais existé. Accusé de 52 crimes, il en avouera 58. Entre 1978 et 1990, il a tué, violé, démembré, mangé ses victimes, hommes, femmes, enfants confondus.

Le tueur imaginé par l’auteur, transposé dans la Russie d’aujourd’hui est un meurtrier sauvage à l’image du pays où explose la violence et les attentats islamistes. L’ancienne Union Soviétique qui a longtemps prétendu que les criminels en série, les trafics d’êtres humains, les gangs n’existaient qu’en occident se trouve en effet confrontée à des phénomènes d’une rare violence qui servent de trame à ce roman crépusculaire et envoûtant.

Bien plus qu’un polar, ce livre est une analyse du mal et va au plus profond de l’âme d’un monstre.

Et en la matière, la romancière a de l’expérience, elle qui depuis trente ans met en scène la cruauté et les perversions humaines dans des livres comme Désert barbare, Le cinquième jour, La mémoire du bourreau.

Ce trente sixième livre est un roman puissant et efficace auquel s’ajoute une réflexion philosophique sur la notion intemporelle et universelle qu’est le mal.

Brigit Bontour

Maud Tabachnik, L’impossible définition du Mal, collection Marge noire, édition de Borée, avril 2017, 329 pages, 19,90 €

> Lire également la critique du roman de Maud Tabachnik par Patrick de Friberg

 

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