Scène de crime

Une ado se venge de deux malfrats qui ont tué son chien, torturé son père. La mère d'une martyre assassine l'homme qui a désigné la jeune fille et l'a conduite à la mort. Un garçon zaïrois entend bien vivre selon ses désirs en oubliant un peu vite que les femmes ont aussi le droit essentiel d’exister, en bonne santé, si possible. Une cadre d'une multinationale lave l'honneur d'une secrétaire humiliée par la simple transmission de mails. Une héritière s’arroge le droit de vie ou de mort sur l'amie de son frère.

Une famille bien décidée à hériter rapidement tente de faire passer un aïeul de vie à trépas.

Dans ces nouvelles sombres et percutantes, Maud Tabachnik s'emploie à traquer la cupidité, la bêtise, le sentiment d'impunité ressenti par certains. Les femmes sont au cœur des intrigues. Souvent fortes, parfois vaincues mais toujours combattantes, elle en sont les vraies héroïnes. Les relations familiales, jamais apaisées sont à l’origine des tourments.

À travers ces textes courts, l’auteur démontre l’universalité de la souffrance. De sa plume sèche, simple et nette, elle sillonne la planète, du Zaïre aux pôles en passant par l'Auvergne ou les Etats-Unis. Aucune turpitude n'est oubliée, aucun travers n’est passé sous silence.
Si certaines histoires sont policières – toutes ne le sont pas–, elles ont en commun de mettre au jour les fantasmes les plus inavouables et paradoxalement de rassurer un peu le lecteur. L'idée de tuer le vieux beau-père ou de déshériter le fils qui se commet avec une moins que rien est depuis la nuit des temps, un désir commun à bien des sociétés humaines.

Fantasme innocent tant qu’il reste à l’état de projet, ce qui n’est pas franchement le cas des protagonistes de Maud Tabachnik.

Brigit Bontour

Maud Tabachnik, Scène de crime, éditions de Borée, avril 2018, 302 p-., 16,90 €

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