L’inavouable communauté selon Jacquie Barral et Michel Butor

                   

 

Michel Butor a trouvé en Jacquie Barral une compagne de chois pour décapiter les monstres obscurs qui hantent les cauchemars. Dans une feinte d’abstraction les images deviennent chair : Jacquie Barral les accouche des deux mains à l’heure des eaux plates et des couleuvres  avaleuses de grenouilles. Elle saisit la ressemblance par la puissance « évidante » des formes et des couleurs.  Elle sait aussi  que la vie est toujours après ou avant les mots. Pas dedans. La vie est dans le noir brûlé de la lumière qu’il brûle.  A l’artiste le jour dans la nuit, à l’auteur la nuit dans le jour.


Du texte à l’image s’inscrivent les formes sauvages et secrètes. Une fluidité se libère. Lignes, stries, enroulements sont  relais ou paliers. La simplicité de la structure procède de la matérialité la plus diaphane. Elle induit une dramaturgie ouverte à l’appréhension de l'inconnu que suggère le texte de Butor. De là naît la contemplation qui n’a rien de mystique. Etre mystique c’est se laisser dévorer vivant pour ne plus tomber nez à nez avec son jadis et son naguère, parallèlement. Avec Jacquie Barral  et Michel Butor le cœur de la nuit ne cherche pas un asile dans la lumière. Les deux créateurs jettent des formes dans le temps afin qu’on pêche des directions. Eclat de sphère, respiration de l'être contre la mort. L’univers et l’être sont réels comme son trou. Ils ont la même consistance mais ils traversent le temps par tout ce qui reste.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jacquie Barral,  Michel Butor, Monologue de la momie, Editions Fata Morgana, 36 pages, 2013, 240 eur


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1 commentaire

"La vie est dans le noir brûlé de la lumière qu’il brûle.  A l’artiste le jour dans la nuit, à l’auteur la nuit dans le jour." Houlà! je n'ai rien compris, mais bon, c'est abscons, donc forcément poétique... Donc, finalement, pour en revenir au livre, il parle de quoi, en fait?