La force du sexe faible : Michel Onfray brise le tabou sur la Révolution française

Il est toujours amusant de constater le télescopage de la petite histoire avec l’Histoire, comme quoi certains dîners apportent leurs lots de révélations. Voilà un an, je festoyais chez le peinture Julius Baltazar et l’un de ses hôtes nous narra par le menu l’anecdote du pourquoi Jean-Paul Goude  fut appelé en urgence pour être le maître de cérémonie du Bi-centenaire de la Révolution française avec un spectacle pour le moins… incongru : un hymne à l’univers (sic).

C’est que le président Mitterrand pêcha par candeur – et méconnaissance du dossier – et s’est évertué, au début de la conception du projet, à vouloir absolument célébrer la liberté, l’esprit libertaire du moment, la grandeur de la Révolution, etc.
Sauf que, justement, ce fut tout le contraire qui se passa, il était donc impossible de le dire.
Notre brillant conteur, dont je tairai le nom puisqu’il exerce la profession d’écrivain (membre du jury de plusieurs prix) et d’éditeur au sein d’une non moins célèbre maison de feu la rue Bottin, bref, le voilà parti dans l’histoire d’un éminent universitaire qui soutint sa thèse (1985) sur les dessous de la Révolution, en partie incité par l’Élysée d’ailleurs, et qui alla déterrer des trésors d’information aux Archives nationales, de l’armée ainsi qu’en Vendée… Il ne nous donna pas son nom, mais nous raconta son calvaire de l’après, quand l’Institution le broya (carrière ruinée, homme sali jusque dans sa vie privée ; chercheur insulté) pour avoir oser briser l’omerta.
Michel Onfray parle de Reynald Secher, sans doute est-ce bien le même homme… qui publia chez Perrin La Vendée-Vengée. Le génocide franco-français.

 

 

Oui, génocide, le mot est dit : les archives sont éloquentes de précision, Robespierre et ses sbires demandèrent à des chimistes s’il existait la possibilité de créer des gaz mortels ou du poison à grande échelle pour exterminer toute cette chienlit vendéenne ; oui, les révolutionnaires voulaient empoisonner les sources, les nappes phréatiques, le pain, etc. ; oui, les nazis allemands ont des prédécesseurs et ils sont français ! Cela ne pouvait donc pas se fêter sous les ors de la République, sous la lumière parisienne et la philosophie socialiste ; on ferma le couvercle sur toute cette puanteur et on appela au secours monsieur Goude.
Quand je demandais à notre conteur pourquoi aucun éditeur n’avait osé publier ces archives qui étaient en accès libre, il me répondit que cela faillit se faire mais que le projet fut ébruité et un contrôle fiscal tomba du ciel pour finir de convaincre l’impétrant que la folle aventure s’arrêtait dans un tiroir qu’il ne faudrait, sous aucun prétexte, rouvrir.

Sauf que c’est mal connaître Michel Onfray qu’une administration tatillonne ou un coup de gueule n’effraie en rien. Notre pourfendeur de vérité, idéal libertaire chevillé au corps, s’est donc attaqué au sujet qui fâche, avec une pirouette salutaire : aborder le dossier par le biais de ces femmes injustement dénigrées.
Car si la révolution française se résume encore par « Jacobins versus Girondins », c’est, de loin, un peu trop facile !

Cinq femmes essentielles, cinq reines à placer sous les projecteurs.
Manon Roland, femme d’esprit qui pense la réalité et agit en conséquence : concrète et pragmatique, elle veut infléchir le cours de la liberté, sous toutes ses formes ; elle le paiera  de sa vie. Elle aura incarné les malheurs de la vertu girondine.
Olympe de Gouges ira jusqu’à rédiger (en la dictant, pour être précis) une Déclaration de droits de la femme et de la citoyenne, où l’humour ne manque pas, voire avec une ironie mordante qui fait apparaître une possible ouverture existentielle et philosophique. Pour la remercier de sa pertinence on lui coupe la tête. Elle aura exprimé la force du sexe faible.
Charlotte Corday (la meurtrière de Marat, lequel, une fois encore n’était pas le « saint homme » que les manuels présentent mais un salopard presque aussi nuisible que Robespierre !) qui a lu Les Vies des hommes illustres de Plutarque s’affirme en tant que femme qui peut aussi être un homme « illustre ». Elle fera couler le sang pour arrêter que le sang coule : elle incarne le tyrannicide, grandeur du geste politique qui s’avère la matrice de la résistance à l’oppression. On l’envoie à l’échafaud. Elle aura manifesté le sublime de l’énergie.
Théroigne de Méricourt milite pour les femmes soldats : elles aussi ont le droit de vouloir défendre la République en allant au combat. Elle insiste également pour qu’à la fin de la guerre la violence cesse de faire la loi, même contre un « ennemi intérieur ». Elle aspire à réaliser la liberté par les femmes et finira enfermée pendant vingt-trois ans, victime de la folie engendrée par la syphilis, et non, une fois encore, à cause d’une… fessée (sic) comme le prétend l’affabulatrice Roudinesco qui n’en est plus à une ânerie près quand on dénombre les sottises qu’elle avança pour tenter de défendre son mentor, Freud, à la parution du brûlot du même Michel Onfray…
Germaine de Staël est persuadée que le réel peut être gouverné par les idées – mais surtout pas que les idées n’ont de réalité en dehors des occasions dans lesquelles elles s’incarnent. Elle est donc une anti-idéologue. Elle fut le visage de la raison pragmatique. Une hémorragie cérébrale la terrassa en 1817.

Et maintenant ? Tout est à (re)faire puisque l’adage premier perdure : il faut que tout change pour que rien ne change, n’oublions pas la géométrie, une révolution est un tour complet, le mythe de la Révolution française n’a rien changé. Il faut se battre encore et toujours pour abolir le régime qui génère la misère du peuple, réaliser une évolution organisatrice et promouvoir l’aspect philosophique de l’anarchie, le côté positif de cet « ordre sans le pouvoir ».
Pour cela dire la vérité : ce que Proudhon écrivit à Michelet, en 1851, que Robespierre ne fut en rien un républicain et qu’il fomentait bien la mise en place d’une dictature avec l’aide de Talleyrand et Fouché, dictature que Thermidor empêcha…

François Xavier

Michel Onfray, La force du sexe faible – Contre-histoire de la Révolution française, Autrement, coll. « Universités populaires & Cie », mai 2016, 220 p. – 18,00 euros

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