La créature de Frankenstein dans la Terre Creuse

Frankenstein Underground

 

On connaît l’amour que porte Mike Mignola aux monstres. C’est cet amour qui l’a poussé à créer un des héros les plus populaires de ces dernières années. Et c’est cet amour qu’il l’amène à intégrer régulièrement d’autres monstres dans l’univers d’Hellboy. Manquait l’une des plus grandes figures de l’horreur gothique : la créature de Frankenstein.

 

Curieusement, Mignola choisit de ne pas s’attarder sur les origines du monstre sans nom, connues de tous les lecteurs et cinéphiles. N’empêche qu’on aurait bien aimé en savoir un peu plus. Non, au contraire, la créature est un moyen pour lui de nous transporter dans un autre monde, celui du romancier Edgar Rice Burroughs, le papa de Tarzan et John Carter.

 

Après un rapide détour par le Mexique, voici donc rapidement la créature de Frankenstein projetée dans la Terre Creuse. Et l’histoire de glisser, doucement mais sûrement, de l’horreur gothique vers le pulp : hommes préhistoriques et ptéranodons ne tardent pas à s’inviter dans l’histoire déjà très chargée. Et comme si cela ne suffisait pas, Mignola d’y ajouter un petit côté « Île du docteur Moreau ».

 

Résumons : dieux mexicains, créature de Frankenstein, Terre Creuse, dinosaures, hommes de Cro-Magnon, savant fou et mégalo, fantômes et Grands Anciens à la Lovecraft… Le mélange se révèle malheureusement assez vite indigeste. Non pas que ce Frankenstein Underground ne soit pas intéressant, mais j’aurais aimé que l’histoire s’attarde un peu plus sur le héros du titre. Or, très vite, Mignola semble se désintéresser de la créature pour partir vers de nouvelles contrées. Tout va vite, très vite, on finalement, on zappe un peu chaque élément sans qu’il ne marque les esprits.

 

Autre défaut : pour la première fois depuis que je lis des albums de la continuité d’Hellboy, j’ai eu l’impression de manquer pas mal de références. Jusqu’à présent, que ce soit Sledgehammer 44, B.R.P.D. Origines, ou Hellboy & B.R.P.D, la continuité ne se faisait pas (trop) ressentir. Là, clairement, certains personnages traversent l’histoire sans qu’on comprenne ce qu’ils font là, à moins d’avoir un peu de bouteille dans cet univers. Un petit rédactionnel en introduction n’aurait pas été de trop.

 

Si de son côté Ben Stenbeck s’emploie à rappeler le style graphique de Mike Mignola, il parvient à conserver son identité visuelle. Quand on feuillette l’album, il ne fait aucun doute qu’on a là du Hellboy. À noter le joli travail sur les couleurs de Dave Stewart, qui relève les multiples ambiances.

 

Généreux mais confus, voilà un album qui ne tient pas vraiment ses promesses. Si vous vous attendez à lire les aventures de la créature de Frankenstein « version Mignola », vous allez vite déchanter : il s’agit ici d’utiliser le personnage pour explorer un nouveau monde, certes intéressant, mais disons qu’on n’était pas venu pour ça. Par contre, si l'univers d'Hellboy vous passionne, certains secrets sont ici dévoilés. Un album plus « Underground » donc, que « Frankenstein ».

 

 

Stéphane Le Troëdec

 

 

 

Mike Mignola (scénario), Ben Stenbeck (dessin)

Frankenstein Underground

Édité en France par Delcourt (13 avril 2016)

Collection Contrebande

144 pages couleurs, papier glacé, couverture cartonnée

15,95 euros

EAN : 9782756072180

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