L’homme descend de la voiture, de Pierre Patrolin

Avec L'homme descend de la voiture, Pierre Patrolin nous livre un drôle de récit déroutant  bien que ce soit une fiction automobile. Mais l'auteur  tient bien la route, il nous  fiche les jetons à force de nous enivrer de détails obsessionnels et d'odeurs puissantes. (Ce roman se sniffe, c'est cocasse et inquiétant)
Il est très malin ce Pierre Patrolin, il se joue du lecteur, on le sent se délecter.
 L'écriture est très efficace, ramassée, presque automatique, riche mais sans effet de style et si parfois elle devient  décousue c'est pour traduire la pensée et la gestuelle du narrateur :  l'ordinaire bien orchestré du héros  chute dans l'irrationalité avec cette chose automobile qui perturbe inconsciemment les hommes les plus équilibrés. On le sait, la voiture les rend fou.

Et au fil de la lecture, on ne sait plus très bien qui est le héros de ce roman : la voiture, ou  le narrateur, ce type si  banal qui vient d'acheter une voiture, ou le... lecteur. Il est presque sûr que c'est le  lecteur d'ailleurs  qui fabrique l'intrigue mais je dois rester sibylline pour  ne pas ruiner l'intérêt du livre, qui est justement de ne pas savoir où cette fichue voiture va mener tout le monde.

Tout de même quelques mots de l'univers de ce roman :  il y a donc d'abord LA  voiture  neuve qui sent très fort le plastique, cette odeur à la fois pestilentielle et  grisante, garante de modernité et de puissance virile, celle du pétrole en somme dont l'auteur nous gave.  Cette voiture devient le prolongement du narrateur comme pour la plupart des hommes qui se retrouvent au volant de leur joujou neuf. L'homme moderne descendrait-il de la voiture comme nos ancêtres du singe ou du poisson ?

Cet homme a une compagne, Françoise, qu'il retrouve tous les soirs avec plaisir. Il  est beaucoup question de nourriture, de vin et encore et toujours d'odeurs, celles de la voiture, des mets, des alcools, du corps de Françoise, de la terre mouillée, de la nuit, le texte dégorge d'odeurs, c'est entêtant tellement Patrolin réussit à nous en imprégner les narines et la cervelle. 

L'homme chérit Françoise mais il se met à lui mentir au sujet de la nouvelle voiture, il rentre de plus en tard le soir, lui cache qu'il se  met a errer au volant un peu partout en sortant du travail, mais surtout qu'il a découvert un vieux fusil dans la cave de la maison qu'ils ont achetée.  
Patrolin décrit  tout minutieusement,  l'habitacle de l'auto, les matières, les paysages urbains, périurbains et ruraux qu'il emprunte, la ville, le fusil, les petites billes jaunes, la tension monte au fil des pages, son mensonge, ses excentricités, ses idées fixes... Plus Patrolin s'évertue à décrire la réalité plus l'imaginaire  s'affole. C'est sûr, la voiture tue, le fusil tue.  Le lecteur part en roue libre, il ne sait pas où il va, mais il croit s'en faire une idée
Ah... ah ah... il est fort Pierre Patrolin, on lui en voudrait presque.

Anne Bert

Pierre Patrolin , L'homme descend de la voiture, Editions POL, 311 pages, Août 2014, 17,90 euros.


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