Harry Mathews : l’un et son double

Pour Harry Mathews – et plus particulièrement dans ce dernier roman écrit juste avant son décès – toute chose mentale possède son arrière-pays qui se perd dans les ténèbres. Le romancier les fait remonter. Mais à mesure que l’ascension se produit ce qui paraissait dégingandé et drôle vire à la tragédie classique et ses ingrédients.

Tant que les jumeaux sont séparés – ils font tout en ce but et pour cause – "ça suit son cours", comme disait Beckett. Mais lorsqu’un couple fouineur met le nez dans la petite ville côtière américaine où les jumeaux font les choux gras des commérages locaux, le lecteur comprend très vite qu’au sein d’une telle communauté les fins limiers deviennent des "enchanteurs pourrissants" à la Apollinaire.

Des supposées présences se mélangent à un aréopage de portraits qui font le sel du livre et peut-être de la terre. Tout est impeccablement balayé par un dépôt de mots. 
Si bien qu’en un premier temps le papier est un drap sur lequel la lecture appuie. Mais tout se renverse hors de lit et rebondit. La langue circule par à coups mais suffit pour faire remuer le tout.

Une telle fiction permet finalement de répondre à une question implicite : "Et vous, vous savez ce qu’il en est de l’amour ?"

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Harry Mathews, Le Jumeau solitaire, traduit de l’anglais (USA) par Laurence Kiéfé, P.O.L éditeur, novembre 2017, 176 p.-, 15€

 

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