Modiano : qu'elle était verte ma vallée

Qu'on se rassure d'emblée : le mystère de la vallée de Chevreuse ne sera pas éventé. Car Modiano n'est pas Conan Doyle même si ses narrateurs valent tous les Sherlock Holmes de la terre. Le prix Nobel  a mieux à faire que déchiffrer des nœuds factuels. Sa littérature ne sert donc à rien. Et c'est là toute sa grandeur.

Modiano continue de découper en petits volumes sa Recherche du temps perdu, ses mémoires de mémoires  bien mieux que du Retz ou du Saint Simon car il permet de nous entretenir d'un monde de l'enfant égaré que chacun porte en soi.

Celui qui a l'oral bredouille en s'interrompant lui-même et qui est un produit de la guerre poursuit ses collusions étranges. Il refuse les "choses vues" ou telles qu'elles étaient. Il les reprend sans les juger sous forme d'images dans une résurrection des lieux et en s'attachant à des détails ou des objets qui font mémoire.

Le lecteur lui sait gré de ce rapport particulier du réel. La psychologie ne fait plus posture là où rien n'est plus vrai que la littérature. Elle est tout à elle-même. Modiano n'y cherche pas la lumière mais un éclairage.
Que demander de plus ? Tout est là.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

Patrick Modiano, Chevreuse, Gallimard, octobre 2021, 176 p.-, 18 €
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