Perrine Le Querrec : bruissements d'Elle

A l'obsession proliférante des mots, Perrine Le Querrec préfère la segmentation. Existe dès lors dans ces deux textes - comme dans toute l'œuvre de la poétesse - l'accroissement de la sensation. Le corps s'y fait saltimbanque, "Acrobate / Dans les airs". Il trace "la courbe parfaite, infiniment la volute sensuelle. / L'os de partage. /À la ligne."
Et la peau, sa pulpe affleurent là où existe le désir lancinant d'écrire le corps, de le faire pointer, gicler au moment où il devient Verbe dans une athéologie secrète de l'incarnation de la femme.

Les hommes "insistent pour la nourrir". Mais au risque d"un danger : "La norme de nourrir l’énorme de mourir." Car les hommes "avec la même bouche disent je t’aime, j’ai faim".
Mais ne s'arrêtent pass en si bon chemin : "avec les mêmes mains ils caressent ses seins rognent le pilon." en ce qu'il estime être une transubstantation du sang du sens versé en vermillon.

Les textes à travers leurs images sont deux faces offertes à l'oeil du corps et de l'esprit. Les premiers renvoient aux secondes. Aucun des deux ne fixe une véritable présence. Mais juste le signe d'un passage, le risque d'un envahissement. La créatrice se tient à l'intersexion de cette double situation. A savoir l'endroit où le sens de l'image rencontre le sens du texte, comme la femme l'homme sans que jamais l'un soit le sens de l'autre.

Une oscillation, un mouvement d'aile ne cessent de battre entre les deux. L'homme veut faire parler son masque, la femme démasque sa parole. L'oscillation empêche l'incrustation afin que le désir circule et joue encore. Le lecteur devient lui même non spectateur mais voyant. Au "vidéo" (je vois) fait place à la fois le "theao" (je regarde) et le "kineo" (je bouge). Car ce qui est dit par Perrine Le Querrec dépasse le visible. Le texte n'est plus une pellicule mais la lumière convertie en signes. S'efface la distinction texte/image dans une poésie qui devient une machine oscillocopique.
L'artiste la pratique en étant jamais dupe de ce qui arrive.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Perrine le Querrec, Casa Mollino, La ritournelle Maison Dagoit, Rouen

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