Yves Saint Laurent : la folie de l'accessoire.

Dans ce tout premier ouvrage consacré aux accessoires d’Yves Saint Laurent, les obsessions du créateur sont omniprésentes, exprimant son goût du beau, mêlé à celui plus intime de l’abandon qui lui vient probablement de sa mère lorsqu’il était enfant. Elle, qu’il voyait partir le soir, "parée, parfumée pour le bal dans des effluves de parfum, brillant de l’éclat des perles et des bijoux".
Toute sa vie, il filera la métaphore de cette féminité rêvée, impossible dans sa créativité qui oscillera toujours entre art et couture.
Ses inspirations seront multiples : le théâtre, l’Afrique, l’or et le blé, le cœur, la croix, le ruban noué, les coquillages et les coraux…

Après la présentation de sa collection haute couture automne-hiver de 1976, qui sera dénommée comme Opéra-Ballets russes, Yves Saint Laurent évoquera : "une collection de peintre, extrêmement égoïste parce-que j’ai exposé, beaucoup plus que des robes, tout ce que j’aime en peinture". En effet, les serre-têtes torsadés, les manchettes de velours grillagées d’or, les turbans éblouissants semblent tout droit venus d’un tableau d’Ingres ou de Delacroix.
De même, les escarpins créés pour la robe Mondrian ou les boucles d’oreille en forme d’oiseaux inspirées par Braque.

Pour lui, une robe, un tailleur pantalon, une tenue de bal ne se concevaient pas sans bijoux, gants ou chapeaux. « J’aime qu’une robe soit sobre et un accessoire fou » dira-t-il. S’il les dessina rarement, il sut s’entourer de collaborateurs qui exprimèrent sa vision très précise de la mode.
Parmi eux, l’orfèvre Robert Goossens, le parurier, Roger Scemama, le chausseur Roger Vivier ou à partir de 1972, l’indispensable Loulou de la falaise. Cette complice liée par une communauté de goût et de fantaisie fut jusqu’en 2002 l’interlocutrice des différents artisans chargés de traduire l’imaginaire du couturier.

C’est toute l’importance de l’accessoire que l’ouvrage de Patrick Mauriès, réalisé en partenariat avec la fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent met en lumière. Croquis originaux, portraits intimes du couturier au travail, polaroïds inédits sont rassemblés en un beau livre qui fera date pour les historiens ou tout simplement les admirateurs du couturier.

Brigit Bontour

Patrick Mauriès, Yves Saint Laurent, la folie de l’accessoire, Phaïdon, octobre 2017, 432p. - 50 euros

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