Philippe Besson, "Arrête avec tes mensonges"

Philippe et Thomas ont 17 ans, ils sont en terminale à Barbezieux, près d’Angoulême. Philippe est le fils du directeur de l’école, Thomas est issu d’une lignée de paysans du cru. Le premier est assez insignifiant. Faute de mieux, on traite tout de même de tapette, cet intello à lunettes, dont on moque les gestes de fille.

Le second, au contraire est grand, beau, ténébreux, il a une moto Suzuki 125, une montre digitale Casio, d’une modernité folle.

Le premier de la classe tombe amoureux du bel adolescent qui semble ne pas le remarquer, jusqu’au jour où il lui donne rendez-vous dans un local près du gymnase.

Des rencontres secrètes s’enchaînent, passionnées, folles. A l’insu de tous. En public, ils s’évitent. Certains devinent, notamment lors d’une soirée où l’on distingue le trouble de Philippe quand Thomas enlace pour de faux une jeune fille.


Pas de portable, pas de Facebook, on est en 1984. Philippe appelle rarement chez Thomas. Des deux, il semble de loin le plus épris, se répète en boucle la phrase que lui a répondu son ami quand il lui a posé la question : "Pourquoi moi ?". "Parce que tu partiras et que nous resterons". En quelques mots, était ainsi résumée l’impossibilité qu’il aurait de par sa condition de fils de paysan à poursuivre des études, à aimer selon ses penchants, alors que cet avenir-là s’offrait à son compagnon.


Ils ont le bac, l’instant d’ une dernière promenade, d’une dernière photo, ils sont séparés. L’un part en prépa HEC à Bordeaux, l’autre rejoint une ferme chez des cousins en Galice.

Fin de l’histoire ?

Pas tout à fait. Vingt ans plus tard, à Bordeaux, le fils de l’instit, devenu écrivain voit l’image qui ne peut pas exister. Tape sur l’épaule du jeune homme qui passe, sosie de son amour de jeunesse. Le garçon accepte l’invitation d’un café en disant : "Vous avez dû l’aimer beaucoup pour me regarder comme ça". C’est Lucas, le fils de Thomas.


Dans Arrête avec tes mensonges, Philippe Besson qui livre là un souvenir de jeunesse (visiblement autobiographique, mais qu’importe, au fond) est magistral.

Tout en retenue, avec des phrases légères comme des bulles, pour masquer la violence de sentiments voués à l’échec, il conte un amour trop grand dont les conséquences dramatiques ne se révèlent qu’à la dernière page.

Avec émotion et délicatesse, ce livre sur les amours perdues, la fin de la jeunesse, la force du destin est l’un des meilleurs de l’écrivain, qui à tout juste cinquante ans se retourne sur son parcours de privilégié qu’avait si bien analysé Thomas Andrieu à dix sept ans.


Par cette analyse hypersersensible, Arrête avec tes mensonges vaut tous les traités de sociologie sur le déterminisme social, en étant aussi un roman superbe et bouleversant sur les amours impossibles.



Brigit Bontour


Philippe Besson, Arrête avec tes mensongesJulliard,  janvier 2017, 194 pages, 18 eur


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