Moi parler la France

Wech, vas-y ! France ta langue fout le camp. Ritournelle des années 1980. Amusante autrefois, alarmante aujourd’hui. Mais tout le monde regarde ailleurs. À croire que cela arrange nos dirigeants. Plus infantile le peuple sera, plus manipulable ainsi on pourra le piloter. Et pas que par l’IA. Imbécilité règne donc en maître sur un troupeau dépendant de la technologie. Des penseurs antiques, nous ne connaissons presque plus rien depuis la destruction des bibliothèques. Seuls subsistent quelques noms que la tradition orale a rapportés. Les titres de leurs œuvres sont incertains, leur contenu plus encore. L’information déforme les faits. Les gouvernants mentent tous. On dit que les derniers d’entre eux ne s’intéressaient qu’à ce reflet inconsistant du monde dans lequel, jadis, les hommes échangeaient des idées – le langage. Nous citons à l’occasion des aphorismes. Nous reprenons comme des idiots les tics de crétins intronisés stars par le biais de la télé, par pédanterie. Nous saluons leur légendaire clairvoyance (sic) d’avoir parié que l’homme, un jour, s’effacerait, comme à la limite de la mer un visage de sable. Alors à quoi bon continuer à parler ? Pourquoi échanger si ce n’est pour ne dire que des inepties ? Qui est encore vivant ? Et pour quoi faire ?
Terrible constat que Philippe Comar dresse dans ce roman d’anticipation. Un monde en ruine. Les humains renvoyés à l’état sauvage. Les clans, les meutes. Un grognement en guise de bonjour. On éructe plus que l’on ne parle. Cela ne vous rappelle rien ? On y est presque… Encore un petit effort. Finissez de confier votre vie au digital, il vous la confisquera bientôt. Retour à l’instinct primaire. Attention, ce ne sera alors plus une émission de télé-réalité. Ni un roman. Ce sera la réalité. À moins qu’un sursaut n’arrive…
 
Annabelle Hautecontre
 
Philippe Comar, Langue d’or, Gallimard, mai 2024, 246 p.-, 21€

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