Philippe Litzler et le monde

Avec Philippe Litzler le portrait tient lieu de fenêtre. Le photographe crée un jeu particulier entre déplacement et présence selon des espaces d’interaction entre le lointain et le proche. :

Exempte de tout faux-semblants et artifices l’œuvre retient parce qu’elle renouvelle notre appétit de voir, de comprendre un inconnu qui souvent est fabriqué ailleurs de toute pièce mais que le créateur revisite de manière originale. Rien ne retient de rentrer dans l’image qui devient tableau. Elle saute aux yeux, jette de plain-pied dans un vécu. Si bien que l’invisible subjugation technique facilite l’accès à la vie réelle par accentuation de la force des prises.

Chaque image retient, propose un temps propre. On n’y baignera sans doute jamais mais Litzler nous en rapproche. Il permet d’éprouver un monde inconnu. Existent des perspectives plus que des points de fuite. Le pouvoir de l’image est là dans sa faculté de passage bien différente de la « communication ».

Des horizons lointains viennent à nos pieds. Seuls, singuliers ou en groupe les êtres témoignent pour l’autre et pour soi en une sorte de renversement et de dépassement. Une approche jusque là interdite est proposée.

Le photographe  fixe à l’intérieur de situations sans les altérer. La découverte du monde suit son cours. Et quoique disant chercher toujours « le côté amusant d’une situation, car je viens de la caricature », l’artiste se dirige bien au delà d’autant que sa perception du réel est différente de celle de la majorité des gens.

Philippe Litzler éloigne du cliché, de la photographie platement excitante. IL crée une sidération en détournant angles de prises de vue, mises en scène. L’image fonctionne comme un piège pour fausser certaines espérances mais afin d’en proposer d’autres.

Chaque personnage n’est plus objet mais sujet. Le créateur trouve les axes qui désaxent. Il s’agit de prendre l’image d’une autre façon : non pour un simple miroir de ressemblances mais un langage dont le labyrinthe optique évite de reconduire le voyeur dans les diktats de son conservatisme, de la soumission à ce qui n’est que monnaie de singes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Philippe Litzler est photographe et rédacteur en chef du magazine OPENEYE, le regard d’aujourd’hui sur la photographie (Voir son blog : http://photographies_phl.eklablog.com/).

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AJPHOTO

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