Antoine d’Agata et les animaux humains

En leurs naissances, les Contamination proposent une trentaine de tirages couleur et noir et blanc d’Antoine D’Agata.
Elle couvre 20 ans de travail et se complète  d’une installation vidéo inspirée de son dernier film Atlas. Les prises semblent parfois esthétisantes mais de fait elles restent la résultante d’une recherche radicale sur la condition humaine des exclus soumis à la  prostitution, la violence urbaine et la drogue. L’artiste cherche néanmoins toujours la beauté là où il n’existe apparemment que la perte et le néant qui jaillissent à travers la chair.

Celui qui affirme que le terme d’artiste ne me convient pas ; c’est trop lourd. Je me vois plutôt comme un agent de contamination, met à nu les êtres que Guyotat nomme "les joyeux animaux de la misère".
Tout est grinçant voire scandaleux et  blasphématoire. La douleur reste en effet présente. Et le photographe s’immerge  totalement dans  ce monde  pour ressentir au plus près un peu de ce que ses "modèles" vivent au sein de pulsions sexuelles qu’elles doivent assumer.
Restant seul avec ses "figures" le créateur visionne des scènes, mâchonne des images. Chaque prise instruit des situations brutales mais de manière aussi prégnante qu’indirecte. D’Agata transforme les scènes de saillies dans les bordels en hallucinations.

Au sein de la violence, un élan lyrique prouve comment les esprits redeviennent  animaux. Et ce  n’est pas un hasard si dans cette série, une photographie de chien errant jouxte celles des hommes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Antoine D’Agata, Contamination,  Charbon Art Space,  Hong Kong, 2018.

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