Pierre Bergounioux : Freud et ratures

Pierre Bergounioux propose ici son approche de la psychanalyse ou plutôt son éloignement sur un plan "géographique" - mais pas seulement - du nom de Freud, gravé dans le marbre au-dessus de l’entrée d’un hôtel parisien, et de sa pratique.
Elle ne lui convient pas - du moins tellle qu'il l'a connue, lors d'un travail analytique entrepris afin de trouver une issue à un trouble profond, étroitement localisé selon cette méthode au moment où les autres remèdes n'avaient plus d'effet.
Et l'auteur de préciser : «Si rien n’est plus manifeste que l’inconscient, depuis que Freud a passé, il résidait bien moins en nous, pour moi, pour d’autres, qu’à notre porte, dans les choses qui nous assiégeaient, leur dureté, leur mutisme, la tyrannie qu’elles exerçaient sur nos sentiments, les pensées qu’elles nous inspiraient forcément.»

Bergounioux rappelle -  afin qu’on ne s’y trompe pas - qu'il  n’existe pas plus de clé absolue à la lumière céleste qu'à l’obscurité d’abîme dans les corps. Les mouvements de réflexion parcourent l’espace de l’istôr de l'auteur ce qui lui permet de dire bien des choses, de la naissance de la psychanalyse à ses conséquences.
Celle-là a souvent baissé la langue selon l'auteur. Néanmoins il se peut que ses bémols tiennent en partie au fait qu'il s'est "limité" à l'apport de Freud en occultant principalement celui de Lacan. Quoiqu'il est parfois affirmé, celui-ci - tout en s'appuyant sur Freud - a fait bouger les lignes pour s’aventurer en direction du soleil noir de "parlêtre". Chez lui apparaît non la révolte du révolté mais sa révolution contre lui-même.
Certes tous les "traitements" psychanalytiques dépendent du ou de la thérapeute qui les rendent fertiles et signifiants on non. Mais l'éloignement, l'interruption émis par Bergounioux nous parlent.

Son texte ouvre des voies intéressantes pour l'accès à l'univers des douleurs muettes par delà tout traité des passions et  des affections de la nature humaine et ses fondements. Et ce au moment où, par ses gouffres, l'être, quoique traversé par le désir, est jeté hors de lui et enlevé à lui-même pour entrer dans un autre registre de langage.

Le parcours double se dédouble.  Et pour Bergounioux la parole  et le pacte freudiens ne suffisent pas. La "narration" rend compte de ce vu du conte. Mais elle rend aussi compte du corps même, et de ce que produit le corps, sexué, désirant, douloureux et  parlant. Ce passage (transfert ?) ouvre au discours. Celui-ci reste toujours soumis à bien des dérives et des interprétations. Mais ici la situation de pensée et du dire se retourne sur son néant ou son séant. Elle est raturée loin de tout raccourcis et approximations faciles

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre Bergounioux, Hôtel du Brésil, coll. Connaissance de l'inconscient, Gallimard, mai, 2019, 80 p.-, 9 euros
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