Pierre Magnan : Un monstre sacré

Publiant entre autres lettres, une à une au fil d'un blog, celles, nombreuses, que l'écrivain Thyde Monnier adressa à son ami peintre Serge Fiorio, je n'avais cependant à ce jour encore jamais lu ce fort volume paru en 2004 chez Denoêl en lequel Pierre Magnan perpétue pourtant tout spécialement la mémoire de sa propre relation avec elle, sur dix années de vie commune intense et mouvementée, à partir de 1940.
Mémoires... En effet, quelle mémoire en continu, et ô combien minutieuse, que la sienne tout au long de ces 425 pages bien tassées écrites – et comme rédigées encore à chaud ! – plus d'un demi siècle plus tard !
Confessions tout autant, tant Pierre Magnan ne s'esquivant ni ne se cachant jamais, pas même un seul instant derrière son petit doigt, ne s'y fait le moindre cadeau : s'y présentant toujours sans masque et surtout strictement sans concession avec sa part d'ombre personnelle : tout ce que, se connaissant bien à ses dires, il juge lui-même être ses faiblesses, ses travers et même jusqu'à certaines lâchetés, au cours de cette décennie d'un temps troublé et tragique qui est encore celui de sa pleine jeunesse.

Tout cela sur un ton, un timbre, une mesure, une musique, sans faille et si particuliers – lui-même écrirait un tempo – qu'on a l'impression que l'auteur est tout simplement allé chercher et saisir à l'instant pour nous d'une main très sûre ce livre sans doute écrit d'un seul jet – et comme déjà prêt de toute éternité – sur l'une des solides étagères de la prodigieuse et profonde autant que poissonneuse mémoire à multiples facettes qui a toujours été la sienne quand il s'agit pour lui de raconter au plus près un pan ou un palier de sa propre destinée.
Au lieu d'une photo de Thyde Monnier en couverture, c'en est une de l'auteur (au beau rude visage mais aux oreilles d'alien) que l'éditeur a élue ; ce qui, paradoxal, déconcerte, car ledit monstre sacré est bien sûr elle, alors écrivain à l'immense et retentissant succès ; pas lui, et pour cause puisqu'il ne commence qu'à peine, et encore péniblement, à faire ses gammes en littérature : En 1940, elle a publié trois livres et est en train d'écrire celui qui deviendra le best-seller français des années 40 : Nans le berger. 
Chacun de ses autres prochains nombreux ouvrages tirant alors très bientôt régulièrement à 100.000 exemplaires.Couple semble-t-il, si l'on en croit l'auteur, passablement mal assorti qui pourtant fait chemin, trace sa route et vit l'aventure que le destin lui a tracé à travers mille épreuves rigoureuses – parmi lesquelles, non des moindres, celle de la traversée de la guerre – dont le courage héroïque de Thyde et son amour inconditionnel pour le jeune Pierre pulvérisent la plus grosse part à mesure.Jusqu'à la rupture, non sans mal, pour enfin excellemment lui-même écrire et être régulièrement publié à son tour.

André Lombard

Pierre Magnan, Un monstre sacré, Denoël, 2004, 425 p.-, 21€
Également disponible en Folio
 
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