La chambre des dupes

Septembre 1741, Louis XV qui vient d’avoir un enfant de Pauline de Mailly ne va pas  très bien. Elle non plus, elle meurt quelques jours plus tard, ce qui le plonge dans une profonde dépression. Il se terre dans sa chambre, ne va plus à la chasse. Mais pendant le deuil, les affaires continuent. Chacun tente d’obtenir une place, une faveur dans le décor grandiose de Versailles. Parmi les courtisans, le cardinal de Fleury  et le duc de Richelieu mènent la danse  des intrigues. Heureusement le carême arrive, ou plutôt la veille du carême, cette soirée où puisque l’on va jeûner de longs jours, il est permis de faire la fête et de s’empiffrer une dernière fois. Durant cette soirée, une jeune femme déguisée en chinoise fait son apparition. C’est Marie-Anne, une des sœurs de Mailly. Une famille que le roi connaît bien puisqu’il a déjà été l’amant de Louise, de Pauline et de Diane. La jeune veuve de 24 ans a bien l’intention de régner sur le cœur du roi, le précipitant un peu plus dans la spirale du libertinage et de l’impopularité. Elle n’a pas à insister beaucoup.

Et pourtant, quand Louis XIV s’éteint à Versailles en 1715, il n’a plus qu’un seul héritier, son arrière petit-fils, le futur Louis XV. Ses enfants et petits enfants légitimes sont tous morts dans les dernières années de sa vie, de la rougeole ou de la variole. Louis le petit garçon  faible et chétif a été sauvé des mains des médecins  et de leur propension à saigner  à tour de bras par sa gouvernante madame de Ventadour. A son couronnement en 1722,  il est le Bien-aimé. A sa mort, en 1774 de la petite vérole, le peuple et une partie de la cour manifestent leur joie.


Entre ces deux dates, sa vie fut marquée par les guerres et les scandales. Les maîtresses trop jeunes du Parc au cerf, Madame de Pompadour, Madame du Barry et toutes les autres, dont les quatre sœurs sœurs de Mailly ont terni l’éclat du seul descendant du grand Louis XIV.
De l’ex Bien-aimé, Sainte Beuve dira : Le plus nul, le plus vil, le plus lâche cœur de roi qui, durant son long règne énervé, a accumulé comme à plaisir, pour les léguer à sa race tous les malheurs.
Le propos de Camille Pascal dans son flamboyant roman n’est pas de juger Louis XV, réhabilité depuis Sainte-Beuve, mais de faire partager au lecteur une page d’histoire de France avec ses intrigues et ses coups bas où se mêlent amour, argent, fausse dévotion, et vraie crainte de Dieu avec ses deuils répétés qui à chaque fois rebattent les cartes de la comédie du pouvoir.
Dans un de ses prêches, un prêtre affirme : Sur la terre, dans le sublime rang qu’elle occupe, Votre Majesté ne voit rien qui ne soit au-dessous d’elle, tout lui est soumis ; mais au ciel, elle y trouve un Dieu, maître des rois… Toute la fragilité des fastes royaux tient en cette phrase qui sonne comme une Vanité, apte à déstabiliser le plus équilibré des rois ; ce que Louis XV n’était pas.

Il y a du Laclos et du Kubrick dans cette fresque magistrale sous les ors de Versailles, ce qui n’étonne guère tous ceux qui avaient vibré à la lecture de L’été des quatre rois, récompensé par le Grand Prix du roman de l’Académie française.

Brigit Bontour

 

Camille Pascal, La chambre des dupes, Plon, août 2020, 509 p.-, 22 €

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