Régis Debray : lettre au fiston

Régis Debray en a fini avec les poses et le superflu.
De plus en plus il se laisse aller à sa nature profonde (dont l’humour) en s’adressant à  son fils bachelier en quête de conseils sur le chemin de ses études supérieures : littérature, commerce, sciences dures ? Il lui précise une voie inattendue chez un tel intellectuel : préférer la science aux études littéraires ou politiques. Mais c’est aussi un moyen de faire le point sur le monde tel qu’il est ou devient. Et de rappeler que les littéraires sont souvent bouffis d’orgueil face aux scientifiques plus discrets et modestes.

L’auteur s’affiche ici tel qu’il est : grand bourgeois pétri d’une culture classique et qui a l’humilité de le reconnaître. 
Sans doute ce livre - comme tous ceux qui accordent des conseils - sera  parfaitement inutile. Mais c’est ce qui fait son charme. Debray y constate que la lecture est un exercice qui se perd tout comme s’efface le statut de maître à penser.

Essayiste allègre, l'écrivain fait ici son d’Ormesson.
Il est vrai qu’ils sortent du même moule. Les deux font preuve d’humour (chez Debray il est plus industrieux que son aîné) et d’un style un rien snob et ampoulé. Mais il n’est pas sans charme. Certes l’auteur s’écoute écrire, néanmoins - désormais plus régalien que plébéien - il ne rêve plus de changer le monde. Il renonce à toute idée d’émancipation sociale eu égard au monde tel qu’il est : bref, que chacun reste à sa place est le monde sera bien gardé.

Cela est dit avec finesse et un certain clin d’œil un peu désespéré par son propre constat. Mais l’auteur prouve, qu’après un certain effacement, la figure du père fait retour au sein du monde bourgeois d’où il vient et qui reste le creuset d’une élite courroie de transmission des pouvoirs.

C’est aussi pour Debray une manière de montrer ses doutes tout comme l’inconsistance et l’arrogance du politique. Incidemment l’auteur rappelle la présence chez lui des mêmes défauts dans son expérience de penseur de gauche qui a renoncé à certaines errances. Au fiston et aux lecteurs de faire bon usage de ce couteau suisse de l’orientation. Sa fin ne justifie pas tous les moyens : il faut choisir les bons.

Jean-Paul Gavard-Perret

Régis Debray, Bilan de famille, coll. Blanche, Gallimard, mai 2018, 160 p. - 15 euros

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