Summer de Monica Sabolo : Ophélie revisitée

Quand on fait connaissance avec Benjamin, l’irrémédiable est déjà arrivé : sa sœur Summer, créature blonde aux longues jambes a disparu. Lors d’un pique-nique au bord du lac Léman, l’adolescente s’est évaporée. Noyade, enlèvement, suicide, fugue ?

Dans ce qui commence comme un thriller efficace, toutes les pistes sont privilégiées mais le silence dans la famille de Summer règne. Le petit frère est tenu à l’écart et se croit en partie responsable de ce qui s’est passé ce jour-là.

Comment se remettre de la disparition d’un être aimé ? Comme vivre avec ce poids ? Benjamin, que l’on retrouve adulte, n’y arrive pas bien et dans la grande maison bourgeoise se heurte au mur des non-dits familiaux, boit trop, avale xanax sur xanax et se réfugie dans une solitude angoissée.

Personnage à part entière du livre, le lac va lui laisser entrevoir les fantômes de sa sœur, tout comme ses cauchemars.

Poursuite onirique, poésie des abîmes, le livre ausculte avec grâce les troubles de l’adolescence, l’amour entre un frère et une sœur, les secrets d’une famille comme il faut. Tout est dit avec délicatesse, sans jamais appuyer sur des ressorts attendus. Le deuil, puisqu’il s’agit de cela, un livre de deuil, ne se donne à voir qu’à travers des métaphores de l’eau dormante.

Summer est-elle Ophélie ? Ce beau roman magnétique se garde bien de trancher mais ouvre l’imaginaire du lecteur et nous emmène là où l’on ne pensait pas aller. Une réussite.

Ariane Bois

Monica Sabolo, Summer, Lattès, août 2017, 315 pages, 19 €

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