Je me promets d’éclatantes revanches de Valentine Goby : L’écriture et la vie

Quand une jeune écrivain, auteur du merveilleux et terrible Kinderzimmer découvre un auteur aussi majeur que Charlotte Delbo, il ne peut que s’agir d’un éblouissement, d’une rencontre entre deux sensibilités intenses, d’un mariage par les mots et la littérature.

En lisant ses livres sur Auschwitz, la jeune femme découvre la singularité de son écriture mais aussi la femme derrière les coups, la faim, le froid et la résistance.

Texte à la fois intime et universel, Je me promets d’éclatantes revanches est le récit du camp, de la façon dont les mots peuvent ou échouent à dire l’horreur, à décrire un « lieu d’avant la géographie, puisque selon l’auteur, Auschwitz c’est l’autre nom des limbes, c’est nulle part et partout. Ce n’est pas un espace réservé. Et en conséquence aussi, ça n’est plus défendu. »

Aux côtés de Goby, nous apprenons à mieux connaître Charlotte Delbo et ses mots incandescents, l’amoureuse, la poète, la déportée, la non-juive à Birkenau qui a été choisie par ses compagnes d’infortune pour témoigner après. Une promesse qu’elle mettra longtemps à tenir tant la littérature des camps intéresse peu : il faudra le talent de Jérôme Lindon pour voir émerger ce chef-d’œuvre qu’est Auschwitz et après vingt ans après l’enfer. Quel étrange silence l’accompagna pourtant ! Goby, qui chuchote le nom de sa sœur de cœur comme un talisman s’interroge sur ce manque de reconnaissance : Delbo a-t-elle payé cher sa relative solitude de femme libre ?

Dans la dernière partie, l’auteur questionne le processus de création et le rôle de la littérature après les camps : celle-ci délivre-t-elle du mal ou enferme-t-elle ses auteurs dans un statut de victime éternelle ? Charlotte Delbo, elle, préféra la vie et le bonheur et nous offre un testament lumineux que Goby, avec sensibilité et une plume qui nous touche toujours autant, restitue à merveille.

Un texte qui combat les ténèbres les plus noires.

Ariane Bois

Valentine Goby, Je me promets d’éclatantes revanches, L’iconoclaste, août 2017, 192 pages, 17 €

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