Mémoires d'Outre-Tombe, de Chateaubriand : Résumé


Résumé : Mémoires d'Outre-Tombe, de François-René de Chateaubriand  (1848)

 

L'ENFANCE ET LA JEUNESSE : 1768-1800

 

Cette première partie des Mémoires d'Outre-Tombe de Chateaubriand comprend les années de jeunesse depuis la naissance de l'auteur (1768), jusqu'à son retour de l'émigration (1800).

Elle dépeint la première enfance de Chateaubriand, sa famille, sa vie à Saint-Malo et à Combourg, son séjour aux collèges de Dol et de Rennes, puis à Brest pour subir l'examen de garde-marine. C'est la période de prédilection de la vie de Chateaubriand. Cette partie des souvenirs où revit sa jeunesse a pour lui un charme indicible, qui communique à tant d'épisodes leur fraîcheur et leur grâce. Cette première partie contient des pages justement célèbres sur Combourg, le père de Chateaubriand, sa sœur Lucile, la « sylphide », les rêves et les élans d'amour de son adolescence inquiète. Nul livre ne pare de plus de poésie voluptueuse et triste, l'étude de cette crise d'âme, que l'auteur avait analysée précédemment dans René ; ce sont les souvenirs préférés de sa vie, ceux sur lesquels il s'arrête avec le plus de complaisance, auxquels il prête toutes les grâces de son style, parce que ce sont ceux où il reconnaît l'éveil de sa sensibilité et de son génie.

Le lecteur peut découvrir le premier séjour à Paris, où le petit Breton débarque, tout effaré, dans les jupes de Mme Rose, la vie au régiment de Navarre, le retour en Bretagne après la mort du père, le second séjour à Paris et la présentation au roi à Versailles, les premières scènes de la Révolution en Bretagne et à Paris, les conversations avec le bon et bourru M. de Malesherbes dont la petite- fille, Mlle de Rosambo, avait épousé son frère Jean-Baptiste, et le départ pour l'Amérique. Puis vient le voyage en Amérique, les tableaux tragiques et plus souvent humoristiques de sa vie de soldat à l'armée des Princes, les scènes de l'émigration à Londres et en Angleterre.

Le contraste qui existait entre la situation présente de Chateaubriand, ambassadeur du roi près Sa Majesté britannique, et sa misère passée, semble exciter l'esprit du conteur ; ces lieux, témoins de son infortune et de celle de ses compagnons « reflètent sur le présent la douce lumière du souvenir » ; et puis partout ; à chaque pas, dans ses promenades solitaires, il voit flotter le cher et mélancolique fantôme de sa jeunesse. « Que je regrette, au milieu de mes insipides pompes, ce monde de tribulations et de larmes ! » Ce cri de son âme, ce gémissement de l'homme qui sur le déclin de l'âge, arrivé au faîte des honneurs, contemple avec émotion sa jeune vie malheureuse et parée de tant de grâces, voilà ce qui communique un charme attendrissant à ces pages où le sourire, sans cesse, est trempé de larmes.

 

LE CONSULAT ET L'EMPIRE : 1800-1814

 

La deuxième partie des Mémoires d'Outre-Tombe commence vers l'année 1800 et le retour de l'émigration, et s'étend jusqu'à la fin de l'Empire, exactement jusqu'à l'année 1814 et aux événements qui précèdent l'entrée des Alliés à Paris.

Elle comprend la période des grands succès d'écrivain de Chateaubriand : Atala (1801), le Génie du Christianisme et René (1802), Les Martyrs (1809), l'Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811).

C'est surtout sa carrière littéraire qui se déroule devant nos yeux avec les accidents politiques dont elle est traversée, le tableau piquant et spirituel de la société, et particulièrement de la société aristocratique et de la vie de château sous le Consulat et l'Empire. Un intérêt nouveau y domine, l'intérêt qu'apporte dans tous les débats du temps la grande figure de Napoléon, l'homme qui s'élève au-dessus de tous les partis, les comprime de sa main puissante et qui finit par tomber, victime lui-même de son lourd despotisme.

Si, dans l'ensemble, cette deuxième partie n'a pas la grâce mélancolique et rêveuse, la poésie, le charme pénétrant de la première, la raison en est dans le sujet même ; c'est à regret que l'auteur s'éloigne de cette enfance mystérieuse et voilée, de ces souffrances obscures, de son adolescence solitaire : il va entrer dans le tumulte et la lumière du monde, il va devenir célèbre. S'il est vrai que les premiers rayons de la gloire sont plus doux que les feux de l'aurore, il y a entre la pensée méditative et solitaire et l'éclat de la renommée toute la différence qui sépare le rêve de la vie : le bruit fait autour du Génie du Christianisme, les succès mondains, les débuts, d'ailleurs malheureux, dans la carrière diplomatique, les articles à grand fracas dans le Mercure, l'élection à l'Académie française et cette vague odeur d'intrigues policières qui l'accompagne, qu'est-ce que tout cela auprès des grands ormes de Combourg « à l'orée du Mail », des gémissements du vent dans les corridors du château, des roseaux de l'étang qui « agitaient leurs champs de quenouilles et de glaives » et plus tard, à Londres, de cette nuit passée en compagnie des morts, à Westminster « dans un labyrinthe de tombeaux ? » Charme inexprimable de la solitude, enchantement de la jeunesse malheureuse, quelle gloire pourrait égaler la splendeur de vos rêves ? «Je sors de l'asile virginal et silencieux de la solitude pour entrer dans le carrefour mouillé et bruyant du monde. »

En 1836, à l’heure où il poursuit la rédaction de cette partie des Mémoires, trente-six ans s’étaient écoulés, pendant lesquels il avait assisté à tant de graves événements et de révolutions, exercé les plus hautes charges de l'État, la plus glorieuse influence ! Comment apercevoir clairement les choses du passé, les voir surtout du même point de vue que jadis ? Cette vie publique sous la Restauration et dans les premières années du gouvernement de Juillet s'étend devant les yeux de l'écrivain comme un rideau qu'il soulève pour apercevoir cette image d'un passé en apparence plus proche, en réalité plus lointain et plus effacé que celui de Combourg.

Cependant aux yeux incertains du vieillard apparaissent, au début surtout, certains tableaux qui ont tout le charme, toute la grâce de ceux des livres précédents : l'arrivée en France du pauvre émigré qui revoit avec stupeur ce Paris oublieux et léger où, à deux pas de la place où se dressait l'échafaud, où le sang des siens a coulé, on danse au son du violon, de la clarinette et du tambour ; Atala et la première ivresse de gloire ; le charmant portrait de la société de la rue Neuve-du-Luxembourg et du salon de Mme de Beaumont ; le séjour à Savigny-sur-Orge dans la fièvre du travail et de l'amour, la mort surtout de Mme de Beaumont, à Rome, qui a inspiré à Chateaubriand les pages les plus nobles, les plus émues, les plus sincères. Et enfin il faut lui savoir gré de la modération très réelle, du grand effort d'impartialité et de justice avec lequel il a parlé, malgré ses démêlés avec Napoléon, du Premier Consul et de l'Empereur. Il a résisté à l'entraînement de la haine comme au prestige de la gloire qui éblouissait, sous la monarchie de juillet, les yeux des Français. Ceci nous frappe moins de nos jours ; c'était un mérite très réel à l'époque où écrivait Chateaubriand (1836-1839), où l'histoire disparaissait de plus en plus derrière la légende. En face du Napoléon de Bérenger, défenseur du peuple et de la liberté, il a osé représenter sans rien diminuer de sa gloire, l'homme tel qu'il l'avait connu, comme tant de ses contemporains, comme Mme de Staël, avec son merveilleux génie et son écrasant despotisme.

Dans cette partie de ses Mémoires comme dans toute son œuvre, il est resté fidèle à l'idéal de sa vie, qui n'a jamais séparé la gloire de la liberté.

 

VIE POLITIQUE : 1814-1830

 

La troisième partie des Mémoires d'Outre-Tombe, c'est la carrière politique de Chateaubriand sous la Restauration, de 1814 à 1830.

Elle débute par une étude biographique et historique sur Napoléon, à laquelle Chateaubriand a mêlé les événements de sa propre vie, surtout à partir de l'année 1812, tout particulièrement en 1814 et pendant les Cent-Jours. Cette étude est conduite jusqu'à la mort de Napoléon à Sainte-Hélène. Comment se fait-il que Chateaubriand ait consacré autant de pages à l'histoire de Napoléon dans ses propres Mémoires ? C'est que, d'abord, il y avait dans cette histoire un élément de succès assuré pour le livre. Jamais l'attention publique n'avait été attirée plus fortement sur cette histoire prodigieuse, que dans les années qui suivirent la révolution de 1830 jusqu'au retour des cendres de Sainte-Hélène. Aux anciens mémoires de l'époque de la Restauration qui se réimprimaient sans cesse, le merveilleux Mémorial de Las-Cases, les Mémoires pour servir à l'histoire de France sous Napoléon de Gourgaud et Montholon, l'Histoire de Napoléon et de la Grande Armée pendant l'année 1812 du comte de Ségur, qui a tant servi à Chateaubriand pour son tableau de la campagne de Russie, comme à Victor Hugo pour l'Expiation, venaient se joindre chaque année, presque chaque mois, des Mémoires nouveaux, plus ou moins authentiques, qui entretenaient la curiosité, exaltaient l'imagination : les dix volumes de Mémoires de Bourrienne, par exemple, l'ancien secrétaire de Bonaparte (1829-1831), ceux de l'intarissable duchesse d'Abrantès (1831) ou les Souvenirs de la reine Hortense, pour citer quelques-uns de ceux qu'a lus Chateaubriand.

À cette raison de succès et de mode, il en faut joindre une autre particulière à Chateaubriand : le désir d'associer sa gloire à celle de l'Empereur. « Napoléon et moi ! » Que l'on blâme, que l’on approuve cet orgueil, ou simplement, que l'on se contente d'en sourire, il est certain que cette idée a hanté l'auteur. Celui qui a pu écrire cette phrase extraordinaire : « Si Napoléon en avait fini avec les rois, il n'en avait pas fini avec moi ! », celui-là, certes, ne se fût pas contenté de dire, comme Mme de Staël : « Sire, j'aurai une ligne dans votre histoire. » Il avait conscience d'être l'écrivain qui avait le plus influé sur la pensée française au début de ce siècle : il faisait comparaître à son tribunal l'homme qui avait façonné le siècle à son image. L'entreprise était plus courageuse qu'on ne l'imagine : tant d'apologies en vers et en prose, de mémoires, de chansons et de gravures, avaient transformé cette grande figure ! Tant de contemporains voilaient leur apostasie, récente encore, d'éloges hyperboliques ? Le mensonge était à chaque pas, et l'on tenait au mensonge. L'essai de Chateaubriand, il faut qu'on le sache est la première tentative faite pour proclamer la vérité, sans passion et sans haine. À tout prendre; il a écrit sur ce sujet, où personne n'est impartial, des pages définitives et parfois sublimes ; il les a écrites sans rabaisser l'homme, simplement en se plaçant au point de vue de principes éternels de la morale et de l'humanité.

Il est une autre figure bien différente, qui apparaît dans cette troisième partie et lui prête sa douceur et sa grâce : c'est Mme Récamier. En particulier l'ambassade à Rome est racontée presque uniquement avec les lettres de Chateaubriand à Mme Récamier. Quels inoubliables paysages de la Ville éternelle, sa grande inspiratrice, il a tracés dans ces lettres ! Le désir d'associer à sa gloire celle qui était la compagne, la confidente du vieil écrivain, celle qui entretenait avec dévotion le feu sacré et l'encens sur l'autel, ce désir-là est manifeste. Il nous a valu ce long retour en arrière vers les périodes du Consulat et de l'Empire, les pages délicieuses sur la première rencontre avec Mme Récamier et surtout le souvenir ému, profond, attendri du dîner chez Mme de Staël en 1817, où René eut la révélation du plus grand amour qui embellit la fin de sa vie : « Je tournai un peu la tête, et je levai les yeux. Je craindrais de profaner aujourd'hui par la bouche de mes années un sentiment qui conserve dans ma mémoire toute sa jeunesse et dont le charme s'accroît à mesure que ma vie se retire. » Nulle beauté n'a reçu des lèvres d'un poète plus discret, plus ardent hommage.

Puis Chateaubriand raconte les événements de 1830, l'escamotage de la royauté, les piquantes entrevues avec le duc et la duchesse d'Orléans, leurs tentatives inutiles de séduction et la fin de sa carrière politique.

 

LES DERNIÈRES ANNÉES : 1830-1841

 

C'est au lendemain des journées de 1830, exactement au mois d'octobre, après avoir renoncé à tous ses titres et honneurs, mis bas l'habit de pair, l'épée, le chapeau à plumet, dont il avait détaché la cocarde blanche pour la placer dans la poche de sa redingote noire, côté du cœur, que Chateaubriand, retiré dans la solitude ombragée de l'infirmerie Marie-Thérèse, continue ses Mémoires. Cette quatrième partie contient l'histoire des événements principaux de ces années, le tableau de Paris pendant l'épidémie de choléra de 1832, l'arrestation de Chateaubriand « prévenu de complot contre la sûreté de l'État », l'amusant récit de son séjour à la préfecture de police, chez M. Gisquet, dans le cabinet de toilette de Mlle Gisquet qui lui jouait du piano pour le distraire ; le voyage en Suisse de 1832, le séjour à Genève et la visite au tombeau de Mme de Staël avec Mme Récamier, enfin le procès de février 1833 à propos de la phrase du Mémoire sur la captivité de Mme la duchesse de Berry : « Madame, votre fils est mon roi », et l'acquittement qui le suivit.

Les parties suivantes sont toutes de l'année 1833, et contemporains des faits qu'ils racontent. C'est le voyage à Prague auprès de Charles X, auquel Chateaubriand va porter les déclarations de la duchesse de Berry, l'entrevue avec le vieux roi en exil dans le triste et solennel château de Hradschin ; puis le voyage de Venise et de Padoue à la rencontre de la duchesse de Berry et la seconde entrevue avec Charles X à Butschirad. Puis viennent l’étude de la politique générale du règne de Louis-Philippe et des portraits célèbres, ceux de Thiers, de La Fayette, surtout le merveilleux portrait de Talleyrand, buriné d'une main vengeresse pour la postérité.

La fin des Mémoires est un des plus beaux passages et la digne conclusion de l'ouvrage par la noblesse, par la hauteur des vues générales qu'il exprime. Arrivé sur le bord de sa tombe, Chateaubriand se retourne, mesure du regard l'espace parcouru, apprécie les changements extraordinaires survenus dans l'histoire du monde depuis la Révolution jusqu'au temps présent. Il n'est pas exagéré de dire que ces pages trop peu connues évoquent à l'esprit les grands noms d'un Bossuet ou d'un Montesquieu. Dans des aperçus d'une admirable élévation morale et d'un caractère souvent prophétique, l'écrivain se place au point de vue de la justice éternelle, au-dessus de l'esprit de parti, au-dessus de son temps même ; d'un regard pénétrant il perce l'avenir, trace à grands traits les caractères nouveaux des sociétés démocratiques et modernes. Nul doute que ces pages n'aient dépassé par leur portée le niveau commun des intelligences au moment où elles parurent ; elles ne furent pas comprises, elles ne pouvaient l'être. Elles empruntent enfin une certaine solennité à l'idée de la mort qui s'avance à grands pas et dont la funèbre image, tant de fois évoquée par l'auteur, clôt dignement ces Mémoires.

 

[D’après Paul Gautier, Chateaubriand, Mémoires d’Outre-Tombe]


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