Trois légendes de Richard Millet : trois plaisirs de lecture

Posant comme postulat de départ que le pire est à venir dans cette débâcle permanente qu’est l’existence humaine – ce en quoi tout homme objectif serait en peine de prouver le contraire –, Richard Millet livre trois nouvelles coup de poing. Richard-le-fataliste dresse pour vos yeux seulement un autel littéraire dédié à cette incurie humaine si pathétique à se vautrer sempiternellement dans sa course impossible à vouloir réaliser à tout prix un dessein qui s’échappe, tel le mirage de l’égaré en plein désert… Perdus dans ce – trop – bruyant, régulé, violent et stupide quotidien qui forme ce tout égoïste qui nous avale tous, les héros de ces trois récits portent haut l’absurde désir d’aboutir, réussir, obéir. Quand on perçoit combien ailleurs est leur vérité.

 

Mais peut-on s’affranchir sans risque ?

Richard Millet en a payé le lourd tribu, lynché par la connerie crasse et la lâcheté mondaine de ceux-là même qui devaient défendre au prix de leur vie – professionnelle s’entend – ces idéaux bafoués, à l’origine du scandale.

 

Conscient de l’effacement du monde au profit d’un magma numérique virtuel, Richard Millet persiste dans l’inutile art d’écrire puisque plus personne ne lit (sic). D’où l’intérêt majeur de ce livre pour sa qualité narrative au-delà de toute métaphore, message ou intention ; et le courage économique de l’éditeur qui lui demeure fidèle. Soyons donc encore quelques uns à résister à l’entertainment et à privilégier notre culture française, chrétienne, enracinée dans nos provinces séculières et riches du terreau d’une nation : sa langue !

 

Trois récits architecturés de trois manières différentes, triptyque dédié au style, à la conjugaison (passé antérieur) et à la chute, appliquant à la lettre la maxime que Pierre Béarn ne manquait jamais de me rappeler lorsque nous déjeunions en face du jardin du Luxembourg : la dernière ligne doit être un uppercut au foie.

 

François Xavier

 

Richard Millet, Trois légendes, Pierre-Guillaume de Roux, octobre 2013, 90 p. – 15,50 €

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