Marsault & Papacito dézinguent l'air du temps

Marsault est l’enfant terrible de la BD, fils damné d’un Gotlib qui aurait enfanté le fils prodigue malgré lui. Usant d’artifices grossiers, il emmène ainsi les fats et les sots vers des dérives arbitraires qui les conduisent aux pires exactions, comme en 2016 quand des militantes hystériques menèrent une campagne contre lui pour que Facebook ferme sa page, qui comptait pas moins de cent cinquante mille fans… Dénonçant sans limite les outrages commis, aussi bien par les machos que les écolos, les militaires ou les politiques, son trait comme ses réparties jaillissent dans les cases avec une rare violence. Mais, tout comme le faisait Franquin avec ses Idées noires les chutes sont à mourir de rire. Le décalage est tellement poussé à son extrême qu’il faut être réellement décérébré pour penser que Marsault est misogyne, par exemple, ou fasciste…
Nonobstant, nombre de militants gauchistes lui font encore la vie dure en menaçant les librairies qui osent organiser une séance de dédicaces, démontrant ainsi combien la parole de Marsault est vraie et indispensable dans notre société sclérosée qui ne tolère plus aucun écart dès lors que vous osez penser, dire autre chose que le consensus mou et débile à la mode.

Or, souvenez-vous des saillies de Desproges ou Coluche – voire Le Luron – qui, aujourd’hui, les conduiraient directement devant la XVIIe chambre correctionnelle, on retrouve ce second degré piquant, cette figure du mâle cogneur qui cloue le bec au petit bobo qui ose trop, qui ose tout.
Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît, disait Audiard par la bouche de Ventura. Et des cons, Marsault en rencontre souvent, dans cette vie déréglée à l’extrême comme entre les cases de ses planches cousues mains dans un noir et blanc digne des plus belles caricatures du siècle passé.
 

Epaulé pour cet album par Papacito dans le canevas des historiettes dépeignant les travers d’une mode gauchisante et permissive qui altère, au-delà du tissu social, les comportements des individus rendus incapables de réfléchir par l’éducation absente, l’école en berne, les réseaux sociaux en modèle et le téléphone en drogue dure. Ainsi sombrent-ils dans un comportement cul-cul que Gombrowicz dénonçait naguère dans ses romans, et qui, ici, nous explose littéralement à la figure pour notre plus grand plaisir.

C’est énormissime mais ça produit un grand éclat de rire, le gag potache est vieux comme le monde, Laurel & Hardy le mirent au firmament du comique filmé, et la BD est bien la digne descendante du film muet. Ainsi vous ne sortirez pas indemnes de cet album, et vous ne regarderez plus de la même manière les crétins qui vous pompent l’air, dans le métro, au bureau, au café, à débiter leur âneries pré-pensées. Et l’envie de meurtre qui vous retient se matérialisera dans ses pages… Toujours ça de gagné. Vous n’irez pas finir vos jours en prison.

François Xavier

 

PS – Pour les inconditionnels, on vous conseillera Dernière pute avant la fin du monde et surtout les deux premiers tomes de Breum, dont cette planche est extraite, de quoi vous remettre à l’envers les idées d’hier dans l’endroit du chemin que vous n’auriez jamais dû prendre…

Marsault – Papacito, FDP de la mode – tome 1 : Enculés, va !, Ring, février 2018, 50 p. –, 14,95 €

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