Joseph O'Connor : Dracula et Cie

L'écrivain Bram Stocker est l'une des trois ombres du roman d'O'Connor. Les deux autres étant deux comédiens élizabethéns : Henry Irwing le compagnon de Stocker et Helen Terry qui vieille sur ce couple. Nous sommes dans un Londres glauque et gothique à souhait superbement décrit. C'est un travail de virtuose sur la naissance de Dracula.

Tout est aussi vrai que faux (et vive-versa) loin d'un récit simplement narratif. L'ensemble est présenté de manière complexe sous des liasses de documents afin de  remonter l'histoire du trio loin d'un simple biopic sur Stocker. Surgissent – dans l'art du montage de l'histoire du théâtre, des monstres de Shakespeare, de Londres et des siens dont Jack l'éventreur – des indices draculéens qui pourraient devenir des clichés du déjà vu mais ils se mettent parfaitement en place.


Superbement traduit, ce livre mixe dialogues et descriptions sans la moindre raideur. Le corpus est moins celui de la peur que de l'émotion. La beauté littéraire est constante là où la place est laissée à l'humour et une certaine inconvenance .
De nuit, loin du Londres "comme il faut", les sculptures se mettent à bouger de manière impressionnante. Le tout en saillies et sensibilité sous une tension sexuelle d'un triangle amoureux et  en un art de la suggestion au sein de références à Dracula. Au milieu de cercueils qui grouillent d'asticots, l'humus psychique des plus réussis.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Joseph O'Connor, Le bal des ombres, traduction de Carine Chichereau, Rivages, janvier 2020, 550 p., 23 €

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