La part du feu

Le diable ne laisse jamais sa part. Il sait la convoiter. Il en savoure chaque seconde. Nul doute que le 5 août 1949 il rôdait dans les parages. L’incendie de Mann Gulch est un extraordinaire enfer. Le Montana brûle ! Pour tenter d’atteindre le brasier, une équipe de quinze pompiers parachutistes saute au-dessus de la forêt en flammes. Idée progressiste de l’époque qui n’y connaît encore – presque – rien dans la lutte contre les incendies. Donc, deux heures plus tard dix d’entre eux sont carbonisés… Polémique, controverse, deuil… Norman MacLean s’est rendu sur les lieux du drame. La forêt fumait encore. Lui, l’homme d’un seul roman (Et au milieu coule une rivière, adapté au cinéma par Robert Redford), va mener l’enquête. Une traque obsessionnelle qui s’étalera sur quinze ans.
C’est dans une nouvelle édition révisée et enrichie de passages inédits – plus un cahier de photos – que l’on vous entraîne. À l’américaine, dirai-je : moult détails, enquête à la loupe, précision personnelle… on a l’impression de marcher sur ses traces. C’est parfois poignant, triste, joyeux, péremptoire, rigoureux… Ce n’est pas un roman, c’est une enquête – à charge ? C’est la réalité de la vie des hommes du Montana. Et plus généralement du corps des pompiers des USA qui était en train de naître. On cherchait des solutions, des techniques pour tenter de parvenir à dompter ces feux XXL. Les canadairs n’existaient pas. Les gens ne se rendaient pas compte des dangers ni des conséquences. Certains chasseurs étaient capables de déclencher un feu pour piéger un troupeau de milliers d’animaux dans une vallée sous prétexte qu’ils dévoraient la nourriture de leur gibier. De la bêtise crasse aux conséquences démentielles… Un témoignage décapant.

Annabelle Hautecontre

Norman MacLean, La part du feu, traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Guiloineau et Laure Jouanneau-Lopez, préface de Pete Fromm, cahier photo, postface de Timothy Egan, Rivages, mai 2024, 400 p.-, 23€

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