Julie Ewa, le bonheur de conter et l'énergétique du réel

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Après une édition grand format à succès, Les Petites filles (Albin Michel, 2016), le second roman de Julie Ewa, est paru le 8 fé

vrier en livre de poche.

 

Et si nous vivions dans un univers intelligent qui répondrait à chacun de nos états d’esprit ? Et si cet univers-là répondait à l’infini vibrant dans chacun de nos désirs, s’il fécondait chacun de nos états de foi ?

Pour la jeune romancière à succès Julie Ewa, rompue à la lecture du philosophe Henri Bergson (1859-1941), cette interrogation relève plutôt d’une évidence tranquille : « Pour moi, il y a une énergie dans l’univers qui nous répond, de même qu’il y a un processus créateur en chacun de nous. Bergson appelle «la création de soi par soi » le fait que nous nous créons continuellement nous-mêmes, de la même manière que nous créons notre propre réalité… Je pense qu’il était en avance sur son temps car il avait l’intuition de la physique quantique. La matière est faite de vibrations, c’est notre intelligence qui lui impose ses formes… Dès lors, il n’y a pas de réalité, ou plutôt, elle est construite, il y a autant de réalités que d’individus…»

Julie Ewa, qui a consacré un mémoire à la nature de la relation entre la matière et l’esprit selon L’Evolution créatrice de Bergson, est partie de bonne heure du point de conscience le plus élevé possible. Pour elle, une philosophie ne saurait demeurer lettre morte, quand bien même elle se laisserait formuler en mots, aussi académiques ou brillants soient-ils -  elle se vit avant tout pleinement : « Ma philosophie me définit et m’habite… J’ai la conviction que j’attire vers moi ce en quoi je crois. Si j’ai réalisé mon rêve de devenir écrivain, c’est car j’y ai toujours cru et que tous mes efforts sont allés en ce sens.»

Sa matière à elle, ce n’est pas seulement la fiction ou l’ésotérisme voire le merveilleux : n’est-ce pas tout simplement ce qui change la vie ? Et s’il suffisait de ne penser que ce que nous désirons vraiment vivre en expérience ? Les choses et les événements ne seraient-ils que l’apparence extérieure de l’activité intérieure de la pensée ? 

La pratique de la jeune romancière ouvre des boulevards de réflexion. Si elle confesse volontiers des lectures stimulantes voire psychodynamiques comme Conversations avec Dieu de Neale Donald Walsh ou les livres de Paul Wazlawitzch, elle ne lit en revanche pas de fictions – sauf exception notable : « Je prends tellement de plaisir à inventer des histoires que je me sens très proche de mes personnages. Ce plaisir, je ne le retrouve pas dans les livres des autres, et puis je ne veux pas me laisser influencer… Mais j’ai été très impressionnée néanmoins par les polars de Ian Manook sur la Mongolie… »

 

« Il te sera fait selon ta foi »

 

Julie est née à Altkirch, a grandi dans le village de Courtavon, au cœur du Sundgau, entre un père mécanicien et une mère aide-soignante : « Déjà, à l’âge de six ans, je disais à ma mère que je voulais écrire… Peut-être parce que mon grand-père écrivait des petite histoires pour le plaisir… ».

En CM1, son maître d’école M. Gaessler l’encourage à taper ses rédactions à la machine et à les lire en classe à ses camarades. « A quinze ans, je me suis dit qu’il serait intéressant d’écrire sur une série de meurtres se déroulant dans un village de 300 habitants où tout le monde se connaît : chacun deviendrait un suspect potentiel et les villageois mèneraient l’enquête…J’ai donc commencé à écrire un polar.»

Mais il se trouve qu’elle est aussi bonne en sport. Au lycée, elle suit la filière sport-études et devient pensionnaire au Creps, la pépinière des athlètes de haut vol. Mais au cours d’un saut en hauteur, elle se réceptionne mal : la blessure compromet son avenir de sportive mais lui donne une autre vie, riche en autres « compétitions », bien moins douloureuses... Elle avait déjà consacré ses années lycée à la rédaction de ce premier roman dont l’intrigue se situe pendant la guerre d’Algérie : « C’est un thriller ésotérique dont l’idée m’était venue en rêve… »

Les Bras du diable remporte le prix du Polar de l’année 2012  organisé par l’hebdomadaire VSD et le livre de la jeune romancière de vingt ans  est publié chez Les Nouveaux Auteurs : « J’avais trouvé ce concours en surfant sur Internet et j’avais vu que Jean-Christophe Grangé présidait le jury, alors je me suis sentie en confiance... »

 Elle suit des études de philosophie, consacre son master à Bergson – mais décide de s’immerger dans « la vraie vie » en donnant de son temps libre aux personnes âgées dépendantes à la maison de retraite de Schiltigheim : « Je ne me voyais pas finir professeur, devant une classe, comme au théâtre. L’aide à la personne, le social, c’est du concret et ma place est là… »

La vraie vie, c’est aussi une formation d’éducatrice spécialisée – et c’est la sienne en ce moment : elle officie dans un service de protection de l’enfance en accompagnant des parents en difficulté avec leurs enfants – assurément une autre façon de transmettre...

 

L’appel de la Chine



Outre l’appel vers un devenir humain à accomplir, elle en ressent un autre vers l’Empire du Milieu. Sur « la toile », elle lit des articles sur la Chine et sa politique de l’enfant unique, visionne des reportages à la télévision, dévore le livre d’une journaliste chinoise - et l’idée d’un second roman lui vient  comme dans un état d’urgence confiante, selon son habitude de ne rien retenir d’elle-même : « Je suis partie là-bas, sac au dos,en juillet 2013 pour me renseigner et éprouver les choses par moi-même, m’imprégner des décors, des ambiances naturelles et rencontrer des Chinois. »

La grande blonde se fait des amis, ramène des carnets de notes bien remplis et se jette à corps perdu dans un travail d’écriture qui lui prend  deux ans – sans oublier six mois de réécriture sur les conseils de l’éditeur : «J’ai entrepris une fiction basée sur des faits réels et sur deux niveaux narratifs, l’un se situant en 1991, quand une mère part à la recherche de sa fille disparue, et l’autre en 2013, quand une étudiante strasbourgeoise sinologue, Lina, va travailler en Chine pour une ONG, avant d’être happée par les secrets d’un village en zone rurale, Mou Di… »

Envoyé à Albin Michel (l’éditeur de Jean-Christophe Grangé…) par la poste, le roman est publié en janvier 2016 dans la collection « Spécial Suspense » - non sans un contretemps : le premier envoi s’était égaré, elle a du le renouveler. .. Mais tout arrive, même la publication d’un roman confié aux bons soins du service public postal – quand bien même une certaine catégorie de citoyens (dont les journalistes…) observerait quelques dysfonctionnements dans l’envoi de manuscrits ou de livres qui n’arrivent plus « comme avant » en service de presse : « Il faut toujours croire en ses rêves ! J’y ai cru et j’en suis là… »

Décidemment, la vie n’apporterait-elle pas à chacun la récompense de sa propre vision ? De salons du livre en séances de « signature », Julie Ewa se recharge comme une batterie par le contact avec un public enthousiaste et se sent confortée dans sa voie créative : elle a même l’idée d’une trilogie, en reprenant le personnage de Lina et son ami Thomas dans une autre communauté. Le prochain opus se passera dans l’univers des Roms : « Je ne fais pas que des fictions de divertissement, mais je tente de sensibiliser le public à certains débats comme la situation des familles roms. La fiction, ça sert aussi à ça, à faire passer des idées et des messages, surtout sur des sujets dont personne ne veut parler… »

La pratique personnelle de Julie Ewa rejoindrait-elle les découvertes récentes de la science ainsi que les grandes traditions spirituelles ? Et si notre esprit était le véritable créateur de cet univers que nous persistons à explorer comme s’il nous était une donnée extérieure ?

Cette thématique, la jeune praticienne du bonheur de conter pourrait bien la mettre en fiction… N’a-t-elle pas déjà d’ores et déjà révélé par l’exemple que les barreaux et les murs contre lesquels nous nous heurtons n’existent pas ? Ou qu’ils n’attendraient que la poussée créatrice d’une générosité vitale pour se reculer sur l’immensité de territoires encore inexplorés ? Après tout, il y a bien des manières de conquérir le monde sans se l’approprier…

 

 

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