Les Grandes évasions de Paul Métral

Il n'y a pas d'âge pour aspirer à la liberté. Paul Métral, quatre-vingt-neuf ans, n'a pour toute famille qu'une nièce qui ne veut plus s'en occuper et le place contre sa volonté dans une maison de retraite (comme cela elle pourra vendre ses affaires...). Il y a loin entre cette maison au règlement certes strict et peu amusant et Gouyette, l'hospice des Vieux de la vieille (1), les trois compères truculents et grands amateurs de vin rouge qui s'encanaillent, mais le sentiment est le même : il faut s'évader. 

S'évader, c'est simplement retrouver sa vie, ses propres règles, son propre rythme, ses affaires, ses habitudes, en un mot, pour ce vieux monsieur tranquille, échapper à cette antichambre de la mort. Bien sûr, c'est aller contre la volonté des gens qui décident, le directeur aussi bien que les gendarmes et les infirmières, et qui ont décidé qu'il n'était pas raisonnable pour un vieux monsieur de vivre librement. S'évader, c'est aussi tenir ce lieu de vie imposé par d'autres pour une prison, et se comporter comme un détenu, avec les petits trafics au marché noir, et les moments de libertés au cours des six premières évasions à vivre comme des cavales. Quant à la septième évasion... 

"A mon âge, on n'a pas le droit d'être un peu fou, de rêver, de partir, de voyager seul ou d'aller au cinéma sans garde-chiourme. Immédiatement vous êtes suspecté de démence sénile ou de préférence. A votre âge, monsieur, mais ce n'est pas raisonnable... Et si je ne veux pas être raisonnable !"

Serge Revel, en mêlant humour et douce-amère mélancolie, et énormément de tendresse pour son personnage, pose avec ce roman très délicat la question de la condition de fin de vie des personnages âgées, cloîtrées dans des mouroirs plus ou moins aimables. Leur autonomie et, parallèlement, le pouvoir d'infantilisation mis en place par la société et ses kapos, ce qui fait la dignité d'un homme, est nié, pour sa propre sécurité, dit-on. Alors que lui réclame simplement qu'on lui file la paix et qu'on le laisse vivre comme un homme !

Loïc Di Stefano

Serge Revel, Les Grandes évasions de Paul Métral, Le Rouergue, octobre 2015, 136 pages, 15 eur

(1) Roman de René Fallet publié en 1958 et adapté au cinéma par Gilles Grangier en 1960 avec Jean Gabin, Pierre Fresnay, Noël-Noël)

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