Entre les grands fauves le noir domine

Cannellito a disparu. Pour Martin, garde au parc national des Pyrénées, c’est un drame. Non seulement l’ours était le denier représentant des plantigrades pyrénéens, mais il est sûr qu’il a été abattu par des chasseurs, engeance qu’il déteste plus que tout. Dans la vallée, la guerre fait rage entre les pros et les anti ours. Ardent défenseur des animaux, il est membre d’un groupe, Stop hunting France, qui sur internet débusque les tueurs qui posent en conquérants auprès du lion ou de l’éléphant qu’ils ont payé très cher pour abattre.
C’est ainsi qu’il  dénonça l’ancien skieur Luc Alphand,  fier d’avoir massacré un ours en Russie ou les patrons d’un supermarché exhibant la dépouille d’une panthère en Afrique. 

Sa dernière quête le lance sur la piste d’une jeune fille blonde, un arc à la main devant le lion magnifique qu’elle vient de tuer en Namibie. Avec des techniques quasi-policières, une détermination entière, il va retrouver l’adolescente, Apolline qu’il imagine d’abord allemande ou américaine et qui, en réalité vit tout près de chez lui, à Pau.

Donnant tour à tour  la parole à Martin, à la jeune fille, à  Kondjima, un jeune homme vivant dans le désert du Kaokoland et bien sûr au lion, Charles, l’auteur Colin Niel emmène le lecteur dans un roman au rythme haletant entre Pyrénées et Namibie.  

Dans Entre fauves, tous  les protagonistes chassent. Martin traque Apolline dont il n’avait que le pseudonyme. Apolline tire le lion par atavisme familial ou parce-que son père lui a offert un lion pour ses vingt ans. (Il est en effet possible dans ce monde, de s’offrir lions, ours ou éléphants contre des sommes colossales). Kondjima lui, braconne. Il voudrait bien éliminer le lion Charles qui a ruiné sa famille en trucidant toutes les chèvres du troupeau et se hisser au niveau des grands chasseurs d’autrefois qui se mesuraient à mains nues aux fauves les plus terribles. Quant à Charles,  le vieux lion solitaire, il n’a pas d’autre choix que  de zigouiller des proies pour se nourrir (et un peu par plaisir aussi, parce que c’est son métier de lion).

Si les points de vue et les intérêts de tous, humains et animal, divergent, aucun n’est manichéen. Tous ont une bonne raison d’agir comme ils le font avec leurs failles et leur humanité. Même Apolline la petite fille riche qui a à priori le plus mauvais rôle n’est pas haïssable et ne sait plus très bien si elle chasse par goût de la pratique ou parce que sa mère trop tôt disparue avait le désir de tuer un lion. 
Chaque personnage est hanté par un passé, des désirs qui vont se télescoper dans un final éblouissant qu’il faut relire deux fois.

Colin Niel, auteur remarqué avec Seules les bêtes, réussit le prodige d’enthousiasmer ses lecteurs avec un roman polyphonique  aussi  nerveux que profondément humain.

 

Brigit Bontour
 

Colin Niel, Entres fauves, Rouergue Noir, septembre 2020, 342 p-., 21 €

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