Liaisons dangereuses et politiques du beau drôle

Madame des Ursins fut introduite à la cour d’Espagne par Louis XIV et contrôlait la jeune reine qui, à son tour, pilotait le roi totalement dévoué à sa femme, souffrant de priapisme et peu enclin des affaires du royaume. Au côté de cette intrigante, un jeune homme que la belle couguar envoûta et emmena avec elle durant toute sa vie. C’est ce monsieur d’Aubigny, une fois retiré sur ses terres, qui narre l’Histoire de France par le petit bout de la lorgnette.  

Porté par une plume bondissante, ce récit peut allègrement se positionner entre la série Versailles et Les liaisons dangereuses de Stephen Frears ; d’ailleurs on voit d’emblée ce clin d’œil à Laclos puisque la structure narrative est liée autour de lettres envoyées par un jeune noble banni en Touraine quelques mois afin de l’éloigner des pêchés de chair parisiens, et le carnet personnel du beau drôle qui s’épanche enfin sur ses souvenirs et accepte de dire ce qui s’est réellement passé à Xadraque.
Si la langue d’Yves Revert n’a pas la rondeur de celle de Laclos, époque oblige, elle n’en demeure pas moins magnifique à lire tant elle parvient à dépeindre aussi bien les lieux que les personnages, à insuffler l’esprit de l’époque, la fougue du jeune homme, la sagesse du vieillard… et la complicité du domestique qui n’est pas si niais qu’il voudrait paraître. 

Intrigues de cour et promesses de cœur, politique et courtoisie s’agrémentent des folies humaines dans un concours de caprices désuets (les compositions de desserts de la reine qui ne sont finalement que des pièces de couleur ajustées selon ses envies mais en rien des nourritures terrestres) font de ce livre un voyage enchanté.  

 

François Xavier 

 

Yves Revert, beau drôle, coll. la brune, Éditions du Rouergue, janvier 2021, 224 p.-, 28,80 €

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