Les textes premiers de Samuel Beckett

L’œuvre de Beckett reste incandescente  par son invitation au courage. Elle fait passer d’un monde utérin à une sagesse tibétaine. Elle raconte  la vie dont les profondeurs surgissent en faisant autant rire que pleurer si intensément que même un Paulhan en eut peur : il censura "L’innommable".

 

Au moment où  sa carrière littéraire est encore en germe et avant l’écriture lumineuse des grandes oeuvres Beckett ose une poésie qu’il qualifiera plus tard de "débile plus que d’indélébile" et dont les mots ne sont  que des témoins "inassermentables".  A ce titre "Peste soit de l’horoscope" (traduction téléphonée du titre original : "Whoroscope") est loin d’être un ensemble essentiel. Il contredit même le mouvement général qui emporte l'œuvre vers son extinction et son épuisement.

 

Dans ces accidents de jeunesse l'influence de Rimbaud, Mallarmé et Apollinaire reste importante. Néanmoins parfois l’emphase volontairement saugrenue et les plaisanteries potaches font déjà place à un prosaïsme râpeux même si  "la voix qui dit / vis / d'une autre vie"  des  «  Poèmes » plus tardifs  n’est pas encore audible. 

 

Le déchirement dans le voile de la langue demeure larvé sous forme de farce. L’édition posthume des textes premiers ne fera donc pas forcément comprendre que Beckett n'est pas un métaphysicien raté mais le poète accompli.  C’est en arpentant la nuit qu’il fera surgir la lumière des abîmes par les plus infimes des coulées. Celles qui plus que toutes autres jouxtent, ponctuent et giflent le silence. L’homme y est au mieux un bois flotté. Au pire une viande sans ratafia ni lamentos de pigeons aux amours tendres. 

 

Jean-Paul Gavard-Perret


Samuel Beckett, Peste soit de l'horoscope et autres poèmes, Traduit et présenté par Edith Fournier, Editions de Minuit, Paris, 48 pages, 2012, 7,50 E.

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