Maylis Besserie : Beckett, fin de partie

Gallimard republie en poche le roman de Maylis Besserie. Il raconte les derniers jours de Beckett et permet de suivre la vie du prix Nobel en la maison de retraite dans le XIVe arrondissement de Paris.

Selon l'auteure il revisite sa vie. À partir  des informations tirées entre autres les deux biographies que deux auteurs anglo-saxons lui consacrèrent et qu'il prit soin de jeter dès qu'il les reçut, Maylis Besserie sait extrapoler le réel pour créer un univers où l'auteur est touché non sans émotion.

L'auteur de Oh les beaux jours ! est là tout entier et seul. Son épouse  s’est éteinte. Jérôme Lindon vient encore lui rendre visite. Il le trouve par exemple aux mains d’un coiffeur puis éditeur et auteur vident ensemble et sans piper mot une entière bouteille de whisky.

Beckett ressemble désormais à ses personnages. L'impotent de Fin de partie est au milieu de soignants qui ne savent pas forcément qui il fut. Maylis Besserie invente au besoin des dialogues improbables - mais pas forcément hors de propos - du prix Nobel avec lui-même.  Il se rappelle tout le mal qu Suzanne s'est donné pour qu'il soit enfin publié mais en occultant ses dernières années difficiles avec elle.

Et tout compte fait l'auteure réussit son pari. Ce qui aurait pu paraître un pastiche ne l'est pas. Ici Beckett achève lui-même l'extinction de son entreprise par la fin commune à tous selon une manière, en germe dès l'un de ses premiers textes. Dans son essai sur Proust, en 1930, Beckett écrit : La pulsion artistique ne va pas dans le sens d'une expansion mais d'une contraction. L'art est l'apothéose de la solitude.

Et si Beckett n'a pas eu  de cesse de répéter la même histoire, de la recommencer, elle ou sa jumelle, perpétuellement – comme il l'avoue par la voix d'un de ses héros : Je ne sais pas pourquoi j'ai raconté cette histoire. J'aurais pu tout aussi bien en raconter une autre. Âmes vives vous verrez que cela se ressemble peu à peu cependant la répétition s'épuise lorsque "la fin jamais là où" trouva soudain sa porte de sortie.

Et ce au moment où l'Imaginaire de la romancière abandonne les domaines traditionnels de la fiction afin de permettre de pénétrer dans un lieu d'écart et de silence.


Jean-Paul Gavard-Perret

Maylis Besserie, Le tiers temps, Folio, septembre 2021, 224 p.-, 7,50 €

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