"Le monde enfin", L'avenir n'est plus ce qu'il était...

Un auteur polémi-
-que
On a parfois reproché à Jean-Pierre Andrevon son engagement politique, dans la lignée de mai 68, et son goût pour la description de grandes catastrophes écologiques. Avec Le Monde enfin, nous avons affaire à un « livre somme », concentrant des éléments clés de son œuvre : ainsi du message écologiste qui s'amorçait déjà dans les Hommes-machines contre Gandahar (1969), de la vision d'un monde agonisant qui rappelle le recueil de nouvelles Neutron (1981), en passant par le couple final d’humains sauvé par une intervention extérieure dans le Désert du monde (1976). On pourra reprocher beaucoup de choses à Andrevon, sauf la cohérence de son œuvre… et de s’inscrire dans la lignée prestigieuse de Sécheresse ou le vent de nulle part de J.G Ballard et du troupeau aveugle de John Brunner. Le lecteur est ensuite seul juge.

La fin du monde est pour demain

L'apocalypse ne sera en tout cas pas nucléaire. Dans un futur proche, l'homme a gaspillé les ressources de la planète, joué à l'apprenti sorcier en modifiant le climat et laissé s'éteindre de nombreuses espèces animales (le roman débute d'ailleurs par la longue litanie des espèces disparues). Puis survient la catastrophe. Revanche du destin ou de la Nature ? Châtiment divin ? Hasard ? Intervention d'une puissance extraterrestre ?

La réponse reste ouverte. Une seule chose est certaine : le milieu du XXIe siècle est marqué par l'extinction d'une nouvelle espèce : l'Homme. Le vecteur du désastre est une maladie inconnue, le PISCRA, qui liquéfie les cellules, cerveau et système nerveux en particulier. Aucune parade n'est possible. En quelques jours, la planète entière est frappée. Sur mille humains, un seul ou deux survit. Toutes les sociétés sont désorganisées et il s'avère bientôt que la catastrophe est plus dévastatrice encore qu'il n'y paraît : les femmes qui ont survécu sont stériles et l’espèce est donc condamnée à l’extinction sauf si... Andrevon conte alors l’histoire de ces survivants qui peu à peu deviennent des étrangers dans un monde retombé sous l’emprise du règne animal.

Chronique des derniers humains

Au cours de chapitres bâtis comme des nouvelles, nous suivons la destinée de certains d'entre eux, depuis le déclenchement de l'épidémie jusqu'à une cinquantaine d'années plus tard. En particulier l’histoire d’une femme enfin enceinte cherchant à accoucher. Entre ces chapitres, intervient en leitmotiv le lent cheminement d'un vieux cavalier nommé Sébastien Leleu, l'un des derniers survivants, à travers une nature rendue (enfin) à la flore et aux animaux - un vieil homme qui voulait voir la mer, ouverture vers l’Afrique où a disparu sa bien aimée. Avant de s’effondrer sur la route, foudroyé par une crise cardiaque, bientôt dévoré par les chiens et les vautours…

Alors qu’il meurt, l’équipage de la première expédition interplanétaire est ramené automatiquement sur Terre et apprend la disparition de l’espèce. Quant au commandant Sorvino, sorti d’hibernation, il est chassé de l’area 51 par une I.A. capricieuse et entame une longue marche dans une Amérique désertée. Ces derniers survivants vont-ils se rejoindre ? L’étrange météore apparu dans le ciel de la Terre au cours du roman est-il un indice ?

Ce roman touffu, plein d’ambition — qui reprend une partie de la trame d’un ouvrage un peu oublié des années 50, Barbe grise de Brian Aldiss —, ne manque pas d’un souffle lyrique qui finit par emporter l’adhésion. Malgré quelques lourdeurs et pas mal de longueurs, Andrevon gagne son pari et signe une réussite, méditée depuis de longues années, qui ne manque pas, au grand dam du  lecteur réticent que je suis, à provoquer en nous de sombres réflexions quant à la fragilité de notre espèce

Sylvain Bonnet

Jean-Pierre Andrevon, Le monde enfin, Pocket, Mai 2010, 635 pages, 8,90 €
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