"Un cantique pour Leibowitz", rendons hommage à Walter Miller Jr


Un cantique pour Leibowitz est tiré de l’assemblage de trois nouvelles publiées entre 1952 et 1957 dans le magazine spécialisé am

éricain « The Magazine of Fantasy and Science Fiction ». Walter M. Miller Jr. a reçu le prix Hugo pour ce livre dont une suite tardive, L’héritage de saint Leibowitz, achevée par Terry Bisson après le suicide de l’auteur, est paru en 1997. La portée de l’ouvrage aux Etats-Unis a dépassé le cadre de la science-fiction et force est de reconnaître que le livre continue de nous interpeller : il va ici s’agir de savoir pourquoi.

 

 

Un classique peu banal

 

 

Après une guerre atomique qui a détruit la civilisation, Isaac Leibowitz, un technicien survivant, a rejoint l’église catholique et fondé un ordre religieux pour préserver le savoir scientifique, menacé par les autodafés perpétrés par les rescapés. Un cantique pour Leibowitz débute des siècles après la mort de Leibowitz en martyr, alors que le frère Francis est en retraite dans le désert. Il y rencontre un vieillard qui trace un signe mystérieux sur une pierre (cela s’avère de l’hébreu). Frère Francis découvre les restes d’un abri anti atomique avec des vieux plans de transistor et autres reliques d’un passé mythique. Frère Francis provoque cependant l’incrédulité de ses confrères en décrivant le vieillard qui ressemblerait diablement à Isaac Leibowitz lui-même. Cet événement marque cependant le début de la renaissance scientifique pour l’humanité, à laquelle assiste un vieux juif désabusé - que d’aucuns prennent pour Leibowitz lui-même - dont la rumeur prétend qu’il est immortel et qu’il n’a que peu d’espoir quant à l’évolution du caractère de l’homme (il constitue d’ailleurs un témoin assez émouvant que l’on retrouve à différents passages du roman)…

 

Disons-le tout de suite, le roman n’est pas typique de son époque : pas de robots, pas de voyages spatiaux ou de rencontres avec des espèces extraterrestres. Miller se confronte ici au thème de l’apocalypse, de la fin de la civilisation mais en nous contant l’après-holocauste. Il pose les questions suivantes : comment la civilisation peut-elle renaître ? L’homme peut-il s’amender ? Un cantique pour Leibowitz est pétri de références judéo-chrétiennes sur la culpabilité, le péché originel, etc. et cela ne dessert pourtant pas l’ensemble, bien au contraire.

 

 

La portée de l’ouvrage

 

Un cantique pour Leibowitz est caractéristique d’une vision cyclique de l’histoire, où tout est vu comme un éternel recommencement. L’humanité vit alternativement des phases de renaissance et d’effondrement de la civilisation, principalement à cause de ses propres pulsions d’autodestruction. Les braves moines de l’ordre de saint Leibowitz réussissent par deux fois à sauver les connaissances scientifiques mais au prix d’une perte de foi dans l’homme qui confère à l’ouvrage une mélancolie et une résonnance particulière. Walter M. Miller Jr. a écrit son livre dans les années 50, à une époque où l’Amérique prend conscience du potentiel de destruction massive des armes nucléaires et où les particuliers construisent nombre d’abris anti atomiques. Trois ans après la parution de l’ouvrage, la crise de Cuba éclate et le monde a réellement l’impression de passer près de la catastrophe. Cependant, si le livre de Miller possède une telle force de résonnance encore aujourd’hui, c’est tout simplement parce que la peur de l’effondrement de la civilisation est toujours présente. Le cinéma hollywoodien est pétri de ces angoisses, que cela soit dans les pires navets (Independence Day) ou de bons films commerciaux (la série des Batman de Nolan), certainement réactivées par les évènements du 11 septembre 2001. Un cantique pour Leibowitz, unique roman paru du vivant de son auteur, continue de nous parler plus de cinquante ans après sa parution : c’est le propre des vrais classiques.

 

 

Sylvain Bonnet

 

Walter M. Miller Jr., Un cantique pour Leibowitz, traduit de l’anglais (US) par Claude Saunier et complété par Thomas Day, 464 pages, mai 2013, 7,70€

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