Romancière française (1908-1986), liée à Jean-Paul Sartre. Elle inventa la femme moderne et libéra le deuxième sexe. 

Simone de Beauvoir, écrire sa destinée

Si l’on vit assez longtemps, on voit que toute victoire se change un jour en défaite.
Pour autant que cela soit possible, avoir devant soi assez de temps et attendre encore un peu pour voir les choses se retourner ?
Les cas sont nombreux de l’éclipse survenant au lendemain de la gloire. Puis après un temps d’oubli, de critiques, d’interrogations, celui du retour de la notoriété. En art, en musique, en politique, comme en littérature, la roue tourne. La parution toute récente de cet élégant album consacré à Simone de Beauvoir, à qui les qualificatifs élogieux et les titres critiques n’ont pas manqué, (un jour "papesse du féminisme", un autre jugée son "maillon faible", un autre encore "référence du féminisme mondial", un autre considérée "insincère et ambiguë") éclaire parfaitement ses propres mots, repris dans cet aphorisme combien de fois vérifié.
La publication en deux tomes d’une grande partie de ses écrits dans la célèbre collection, ce qui équivaut à une ample et durable consécration, est d’abord l’évidence et la conclusion d’un impérieux besoin qui traversa toute sa vie, celui de l’écriture*.
On sait que figurer dans ce sanctuaire de la reconnaissance d’une œuvre et d’un talent littéraire revient à entrer dans un panthéon dont le fronton est orné de lettres d’or. L’écriture était la raison de son existence.
Sylvie Le Bon de Beauvoir, sa fille adoptive, en introduction à ce petit livre abondamment enrichi de photos dont beaucoup sont peu ou pas répandues et soigneusement relié, comme ils le sont tous, redit avant tout que pour Simone de Beauvoir, le primat dans son travail était l’écriture, "de la simple jouissance de l’artisan qui trace, outil en main, des signes noirs sur du papier blanc jusqu’aux affres et aux exaltations solitaires de la création".

Avec les mots, Simone de Beauvoir a conquis ce qu’elle voulait, le cœur et le corps, les idées et les faits, jusqu’à l’ultime combat de la maladie, de l’âge et de la mort. Comme celui avec qui elle les a justement et longuement partagés, Jean-Paul Sartre. Les Mots de ce dernier, qui était pour beaucoup "durant le siècle passé le contemporain capital", étaient publiés en 1964 chez Gallimard. Lien irrécusable entre eux deux, preuves et moyens de leur engagement réciproque.
Pour Sartre et Simone de Beauvoir, priorité existentielle à l’écriture.


La vie de Simone de Beauvoir est largement connue.
De jeune et brillante agrégée à 21 ans à sa rencontre avec Nelson Algren puis plus tard avec Claude Lanzmann en 1962, on connaît bien son parcours. Mais il reste toujours des domaines plus cachés qui permettent  d’en saisir les évolutions moins visibles. Par exemple, durant ce temps de l’enfance, étape majeure qui oriente souvent la suite, notamment cet enseignement "ridiculement sectaire" de l’institution religieuse où elle est scolarisée, qui produit le résultat inverse de celui recherché au départ par sa mère.
Mais elle a devant les yeux un père qui aime jouer la comédie, qui parle bien et qui a belle allure. C’est René Maheu qui donnera à Simone le surnom qui lui restera attachée de Castor. Le C initial devient un temps un K. Comme si les fidélités et les infidélités de son existence servaient à nourrir également l’œuvre.
Dans son livre Tête-à-Tête paru chez Grasset en 2006, la biographe anglaise Hazel Rowley écrit que "jamais, au cours de leur vie commune, ils ne cessèrent de vivre en écrivains. C’était un engagement total, de tous les instants. Ils s’étaient promis de tout se dire, jusque dans les moindres détails. Faire de leur vie un roman fut sans doute l’un de leurs plus intenses plaisirs".

Bien qu’ayant perdu beaucoup de son aura, l’existentialisme se place dans l’histoire de la philosophie comme un courant qui a compté. Les regards sur le sens de l’existence, les religions, la place de l’homme, son destin, la liberté et tant de sujets fondamentaux ont évolué, s’appuient sur d’autres rapports. D’autres mouvements féministes prennent le relais. Simone de Beauvoir reste une balise.

 

Dominique Vergnon

 

Sylvie Le Bon de Beauvoir, Album Simone de Beauvoir, 10 x 17 cm, Gallimard, 198 illustrations, mai 2018, 256 p. - (gracieusement offert pour tout achat de trois volumes de la Pléiade).

 

 *    Lire à ce sujet l’article de François-Xavier.

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