Hot Maroc ou la schizophrénie digitale

Il y a de quoi s’arracher les cheveux au Maroc : voilà un pays qui voudrait s’ouvrir au monde, poussé notamment par une fraction de la jeunesse fortement influencée par l’intrusion numérique (dont Lmouhim de l'info est un joli caillou dans la chaussure du politiquement correct), mais qui demeure ancré dans les traditions arabo-musulmanes. Or, quand une religion légifère au même titre que la loi régalienne, voire qu’elle l’instrumentalise et impose son dogme, on en arrive à marcher sur la tête : en 2020, il n’est pas acceptable que des pays prônent encore la peine de mort vis-à-vis de l’homosexualité, que le mariage soit imposé dans le même cercle religieux, que la femme soit encore considérée comme un meuble – même si de considérables progrès ont eu lieu, il demeure toujours ce tabou lié à l’émancipation féminine, et à la libre pratique de la sexualité et/ou du concubinage, avec comme corollaire la fuite des jeunes femmes pour échapper à leur famille. Mentalité d’un âge de pierre qui se reproduit aussi hors les murs puisque la communauté marocaine impose les mêmes idéaux surannés en Europe où les jeunes filles musulmanes – malgré leurs amours clandestins et leur sexualité assumée – s’enfuient à des milliers de kilomètres, faute de quoi elles devraient subir le diktat du père…
Histoire sans fin de cette société musulmane qui ne veut pas s’ouvrir, qui ne veut pas comprendre que les hommes et les femmes sont égaux, qui ne veut pas laisser le libre arbitre régner en maître et qui continue à gangréner les esprits sous des couverts fallacieux imposant peurs et superstitions, poussant les esprits les plus évolués à craindre pour leur après si jamais ils contrevenaient à certaines doctrines qui n’ont plus rien à voir avec le monde dans lequel nous vivons ; alors s’invite la schizophrénie – puisque la Nature a horreur du vide – et que l’esprit humain est farceur. Soucieux d’être un bon musulman, quoiqu’il advienne, l’homme et la femme modernes se voient toujours rattrapés par l’un ou l’autre pêché mortel selon l’angle qui les préoccupe le plus, et leur vie s’en voit chahutée par les interdits que cela engendre ; quant à l’origine, si j’ai bien compris, une religion – surtout les trois du Livre – est présentée comme religion d’amour, de tolérance, une aide à aller vers plus de spiritualité, or la réalité portée aujourd’hui par les fous de Dieu, qu’ils soient islamistes, juifs ou chrétiens, et même les moins exaltés qui portent en eux tout de même des réactions violentes envers l’avortement, l’homosexualité ou que sais-je encore, démontrent que l’intolérance est bien la seule maxime qui gouverne leur foi : soit tu es avec eux, soit tu es contre ; et dans ce cas, si ce n’est la mort que tu mérites, tout le moins le rejet de la plus violente des manières…

Ainsi la France tente-t-elle de demeurer laïque par-devers les assauts répétés des bandes de malades mentaux qui prônent la religion comme seule et unique forme de société ; ainsi nous évitons-nous des journaux électroniques comme Hot Maroc dont la qualité éditoriale et la propagation de rumeurs et autres fausses informations n’est pas sans rappeler certains journaux d’égouts d’un autre temps, comme le furent Détective ou La Cocarde
 

La liberté de diffamation se voit désormais la nouvelle mode marocaine qui semble s’être emparée de la société numérique, une manière de soulager sa frustration, sa lâcheté, son ennui ; lesquels ne seraient-ils pas le résultat d’une société hypocrite et corrompue construite sur les canons de l’Islam ? Mais je m’égare, revenons à ce formidable roman qui se dévore d’une traite tant l’écriture de Yassin Adnan est jubilatoire dans la manière qu’il a eu de créer une distance avec son héros, l’infâme Rahhal, en l’interpelant comme s’il était cette conscience perchée sur son épaule qui le taraude un peu, le moque beaucoup ; une manière toute poétique de narrer le récit qui nous prouve que l’on peut donc être un excellent poète (plus d’une dizaine de livres publiés avant ce premier roman) et un prosateur émérite…
Dans ce style unique, Adnan nous invite à plonger dans un quartier de Marrakech où un jeune homme lettré mais totalement introverti, qui s’amuse à comparer ses semblables à des animaux et qui ne vit réellement que dans ses rêves, parvient par le mariage, à trouver un emploi de gérant d’un cyber-café. Y découvrant l’anonymat et le pouvoir de destruction par le simple fait de commenter un article ou de dénigrer une personnalité, il développe ses talents de corbeau aux multiples pseudonymes et finit, monde numérique oblige, par se faire prendre les doigts dans le pot de confiture digitale par la patrouille des services de la sûreté. Or les hommes de l’ombre ont aussi de l’humour dès lors que cela sert les intérêts du royaume, le voilà donc vassal du système pour porter l’estocade numérique selon les désirs de ses maîtres… S’en suivra quelques hauts faits d’arme avec des personnages et des situations rocambolesques que l’on savoure amèrement tant l’on a déjà vécu cela avec l’avènement de Facebook et des journaux en ligne.

Cette carte postale sociale – avec en couverture un Saad Lamjarred accusé de viols, poursuivi aux assises en France mais toujours aussi populaire en son pays, comme quoi l'image de la femme au Maroc a encore du progrès à faire – de l’un des pays les plus en vogue des pays tiers démontre que l’Homme ne sait pas apprendre de ses pairs et que l’histoire est une salope qui se joue de nous en tournant sans fin sur son axe, offrant révolution sur révolution, une suite ininterrompue de désillusions à des êtres sans mémoire, sans cervelle, qui croient encore aux lendemains qui chantent alors qu’ils ne sont que des aujourd’hui recyclés en hier détournés afin que le politicien pervers paraphrase son prédécesseur pour que tout change alors que rien ne change.
Ouvrir une bonne bouteille après cette lecture parachèvera le spectacle d’une dégénérescence annoncée et jamais démentie.
Amen.

François Xavier

Yassin Adnan, Hot Maroc, traduit de l’arabe (Maroc) par France Meyer, Sindbad, mars 2020, 458 p.-, 24 €

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2 commentaires

Sacré Maroc!Jamais pays n'aura tant  ulcéré les prédateurs,disons,intellectuels s'ils vous plaît.L'attachement de la nation à sa culture n'en finit pas d'enrager .Tout y est,à commencer par régime politique qui  fait simplement grincer les dents et l'on finit même par se demander si ce n'est pas la haine porté contre la monarchie qui n'est pas la pierre angulaire de cette subversion infernale  laquelle s'obstine à s'exprimer en ouvrant plusieurs "dossiers"  ayant tous rapport aux libertés individuelles- à l'occidentale" s'entend puisque certains pauvres d'esprit  continuent de croire que leur civilisation constitue la civilisation.Ils refusent de voir que le"bon vieux temps"  est révolu,où ils étaient crus sur parole .Mais non,ils persistent,misérables arrogants,qui s'usent les méninges à vouloir nous imposer leur mode de penser,de vivre,de se pervertir:il y a des pervers(es),des vicieux dans notre société comme partout dans le monde,mais cela  ne signifie point qu'il faut légaliser le vice.

Si quelqu'un vit dans l'âge  de la pierre ,c'est bien celui qui veut imposer aux autres sa manière de voir. S'il y a des frustrés ,c'est parmi ceux qu'on a appris à ne plus suivre aveuglément.Jamais,chez-nous,les tares ne seront un motif de fierté pour personne.                                                                                                                                        .

 

Désolé.Ligne 2 de mon post précédent-lire:1-...n'en finit pas de faire enrager.

                                                                       2-...par le régime