Montmartre, le foyer des artistes

Entre 1892 et 1930, on ne sait pas toujours, plus de trente grands noms des arts et des lettres sont passés par ces lieux. A côté des artistes les plus renommés comme Picasso, Modigliani, Toulouse-Lautrec, Dufy, les autres qui s’inscrivent dans l’histoire de Montmartre n’en sont pas moins de ces personnalités séduisantes et singulières qui ont contribué par leurs talents et leurs existences à enrichir la mémoire de la Butte et au-delà, le patrimoine artistique et littéraire en général. Ainsi de Max Jacob, Apollinaire, Paul Fort, Emile Bernard, Bonnard sans oublier Roland Dorgelès, celui qui est à l’origine de cet extraordinaire canular dans lequel l’âne Lolo, qui appartenait à Frédéric Gérard, devient en 1910 un génial créateur malgré lui : un pinceau attaché au bout de sa queue, il exécuta un tableau unique et savoureusement expressif, riche en couleurs vives, en contrastes modernes, signé J R Boronali, intitulé Et le soleil s’endormit sur l’Adriatique, une œuvre rarement vue depuis le 26e Salon des indépendants en mars 1910 et qui suscita toutes sortes de critiques (elle a été toutefois présentée au Grand Palais en 2016 dans le cadre de « Carambolages »).
Re-découverte inattendue, elle est accrochée pour notre plaisir dans cette exposition. Max Jacob n’avait-il pas écrit dans la préface du « Cornet à dés » qu’une « œuvre d’art vaut par elle-même et non par les confrontations qu’on en peut faire avec la réalité ». Pour la musique, un volet oublié de ces temps de gloire locale, il y avait Satie qui rencontra à l’Auberge du Clou Claude Debussy. 

 

« J’ai passionnément aimé Montmartre et je plains ceux qui ne l’ont pas connu à la belle époque. C’était véritablement un village, ce n’était pas du tout un quartier de Paris, ce n’était pas non plus un faux village folklorique installé pour les touristes, c’était vraiment un village qui était oublié là, on ne sait pourquoi, sans doute parce que Haussmann n’avait pas eu le courage de monter la côte. J’ai l’impression que c’est mon pays natal » écrit Dorgelès. Pour beaucoup de ces figures majeures de la vie de Bohème, ce qui était alors un grand « maquis », avec ses cabanes en planches, ces petites maisons, ces ateliers froid l’hiver et brûlant l’été, s’apparentait à une manière de paradis où les points de convergences étaient multiples, tournant autour de la vie nocturne, des échanges autour de la peinture, des combats contre les injustices, de cet humour si présent partout, se manifestant dans certains noms qui demeurent gravés dans les esprits, Le Chat Noir, Le Lapin Agile, Chez Pomme.

 

Un humour qui alliait autant la raillerie, l’autodérision, la moquerie amicale ou le trait acerbe. Toulouse-Lautrec sur une photo de 1892, apparaît en samouraï japonais. Le regard est naturellement sans cesse tournée vers les femmes, qu’elles soient saisies par Henri-Gabriel Ibels lors d’un « loisir prolétaire » (Champ de foire, Andrée Sumac dans ses boniments, lithographie de 1897), par Eugène Delattre dans leur élégance (Femme aux gants, eau-forte de 1902), dans sa nudité volumineuse, déjà cubiste, par André Utter (Nu au baldaquin, huile sur toile de 1919). Kupka exécute une vue remarquable de ce maquis pittoresque à l’encre et crayon sur papier, autre œuvre rarement vue et qui, comme tant d’autres, assurent à cette exposition son caractère aussi original qu’attrayant.   

 

Un plan de l’ensemble du quartier signale les ateliers « mythiques » qui se situaient entre autres rue Cortot pour Renoir, Emile Bernard, et le trio infernal que constituaient Suzanne Valadon, Maurice Utrillo et André Utter ; rue Tourlaque pour Toulouse-Lautrec ; rue Lepic pour Eugène Delattre ; rue Ravignan enfin, où s’était établi comme le quartier général de tous, « cette maison baroque où tout le monde s’égarait» avait écrit André Salmon, écrivain, poète et critique d’art, le célèbre Bateau-Lavoir.

 

 

Havre de silence et de verdure avec ses jardins, ses détours, ses échappées vers les lointains, le musée de Montmartre restitue les éclats en tous genres de ces foyers d’amitiés et ces creusets d’idées qui se répartissaient sur les pentes de la vieille colline parisienne. Plus de 150 œuvres pour retracer ces parcours insolites, frénétiques, libres, témoins des avant-gardes esthétiques qui ont trouvé ici leurs premières sources et leurs traductions plastiques.

Dominique Vergnon

María Gonzalez Menendez, Saskia Ooms, Artistes à Montmartre, de Steinlen à Satie, 1870-1910, Somogy éditions d’art, 50 illustrations, 230 x 285, 48 pages 10 euros.  
Jusqu’au 20 janvier 2019 ; artistes à Montmartre, lieux et ateliers mythiques ; www.museedemontmartre.fr

 

 

 

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