Stephan Levy-Kuenz : maîte et serviteur

                   

 


 Toucher à la tauromachie reste un exercice périlleux (moins il est vrai que le combat dans l’arène). Toutefois Stephan Levy-Kuenz se tire de « ce guet-apens esthétique » où le monstre « n’as pas le choix des armes » puisque  les règles sont du côté de l’habit de lumière. Mais comme le fit naguère Florence Delay dans « Oeillet rouge sur le sable » l’auteur met en chorégraphie des passes sans complaisance,


sans parti-pris. Prenant la parole au nom des Martial Lalanda ou autres Nimeno l’auteur lance un dialogue avec la bête : Cocinero peut être qui prit 53 piques à Saragosse ou Panolero de Miura et sa robe grise. Entre la « barre de fraction » dont le taureau se doit de « déjouer les courants », l’homme devient son égal non par bestialité mais bravoure. On connaît la vieille récrimination : le taureau n’a rien demandé. Cela ne retire pas le courage des deux antagonistes d’une telle liturgie. Elle fait lever le cœur des aficionados qui attendent la victoire de l’un ou de l’autre. Il arrive en effet que dans ce combat dit inégal le sang de l’home jaillisse et que l’arène hurle de terreur lorsqu'une corne sectionne muscles, artères et nerfs. Un photographe capte le sourire héroïque de celui qu’on emmène à l’hôpital et qui parfois n’y arrivera pas. Il paraît que les jours de combat la barbe du toréador pousse plus vite. Certains estiment que c’est à cause de l’énergie  qui préside au combat, d’autres que c’est en raison la peur. Toujours est-il que dans ce face à face les Parques blêmes troquent leurs ciseaux pour des cornes. Il ne faut donc pas prendre pour spectacle le plus mythique des combats.

 

Jean-Paul Gavard-Perret


Stephan Levy-Kuentz, « Lettre ouverte à un brave », Derrière la Salle de bains éditions, Rouen, 10 E.

 


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