Jeanne Gatard : sidération en rose et noir

Jeanne Gatard a choisi l’art et la littérature pour renverser l’un dans l’autre et vice-versa. Elle met en exergue des énigmes solaires ou ombreuses. Au besoin, l’eau devient ciel, les saisons changent de cap, si bien que chaque chose vue recèle autre chose qu’elle-même en ce que la créatrice remodèle, reformule en milles éclats.

C'est pourquoi ce livre est composé de dessins de crevettes disposés sur des feuillets non coupés, entre lesquels se trouvent d'autres feuillets, moins larges. Ils comportent des textes de la créatrice afin que la lecture et l'observation des images se fassent en écho.

Le dessin et la poésie deviennent les passeurs de l'ombre à la lumière. Le but est de rendre visible et lisible un point de vue et de lecture invisible et illisible. Le tout sans hors champs.

Demeure une  part d’inconnu inévitable dans une telle intervention. La technique consiste à abandonner toute idée de maîtrise. Jeanne Gatard devient spectatrice et lectrice de ce qu'elle crée en un petit ballet d'incarnation et d'incantation le plus discret possible.

Chez une telle artiste le trait est vif, précis, incisif. Il va à l’essentiel, se dégage de l’apparence admise. En ce sens Jeanne Gatard est autant une matérialisatrice d’abstractions, qu’abstractrice de figurations. Ce n’est pas la simple reproduction d’une ressemblance qui l’intéresse car ceci ne serait que mensonge. L’ambition est autre. Plus profonde.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jeanne Gatard, La crevette sidérée, Tarabuste, Saint Benoît du Sault, avril 2019, 30 €

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