Nihil novum sub sole : Thomas Schlesser

Thomas Schlesser dresse en constat sans fard de l'art du XVIIIème siècle à nos jours. Il montre que la création plastique et littéraire est moins la sœur du rêve qu'elle prétend l'être.
Ses codes de volupté ou d'horreur ne sont souvent que de la roupie de sansonnet et ce, censure aidant - mais parfois aussi par la volonté de ceux qui s'y asservissant.

Beaucoup de créateurs sous couvert d'originalité tissent des habitudes défraîchies qui ne font que nous aliéner un peu plus.  Ils restent au service des pouvoirs. Leurs constructions sont des narrations mythologiques ou plutôt des dogmes à l’énoncé moral caché et sans la moindre singularité.
Le constat est cruel même si Schlesser, tant s'en faut,  ne met pas  tout le monde dans le même panier. Mais il verbalise diverses expériences sensoriellement chaotiques et intellectuellement discutables.

Souvent respectant la façon dominante de l’époque de se mettre en scène, les créateurs (ou ce qui en tient lieu) assignent tout regardeur à une forme objectivation. Celui-ci est réduit au peu qu'il est car rien n’est touché de la construction idéologique en place.  Trop d'artistes ne font que l'épouser.
L'émancipation reste pour demain. L'acte politique du créateur revient ainsi à dupliquer du pareil au même en un Nihil novum sub sole. Est-ce par manque de lucidité et de détermination chez la plupart ? Schlesser n'est pas loin de le penser.

Sans l’inannulable moindre (Beckett) qui résiste à la règle, nulle résistance n'est possible. Demeure un hygiénisme (même ou surtout dans la publicité) . Pas la moindre note pour un oiseau. Tout se coagule en glu.
L'auteur rappelle ce qui sous le rêve se cache de modélisme et de clientélisme programmé. Si bien que celui-ci devient eugénique et historicisée dans plus d’homogénéité que d'altérité.

Personne, ou trop peu, pour s’occuper du négatif qu’espérait Kafka. Si bien que la transgression et la subversion sont des concepts qui peuvent paraître inopérants là où il devrait être d'uniques fondements.

Jean-Paul Gavard-Perret

Thomas Schlesser, Faire rêver - De l'art des Lumières au cauchemar publicitaire, coll. "Arts et Artistes", Gallimard, octobre 2019, 336 p.-, 28 euros

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