"Garth Ennis présente Hellblazer (tome 1)", descentes aux enfers

Au début des années 90, l'éditeur DC Comics va chercher en Grande-Bretagne des artistes méconnus du public américain pour redonner un souffle nouveau à ses titres. Garth Ennis fait partie des auteurs qui vont traverser l'Atlantique. Il s'est déjà fait remarqué outre-Manche avec des séries de qualité, mais provocantes. « True Faith », par exemple, sorti en 1990, est retiré de la vente. La raison ? La satire religieuse a déplu à certaines associations religieuses anglo-saxonnes.


Arrivé chez DC Comics, on confie à Garth Ennis les rennes de la série fantastique « Hellblazer » à partir du numéro 40 où il succède à Jamie Delano. Ce dernier a eu l'élégance de conclure toutes les intrigues en cours avant de partir. Ennis a donc le champ libre pour développer ses idées.


Mais qui est donc ce John Constantine ?

Constantine est un détective de l'occulte, un enquêteur en paranormal. Votre maison est hantée ? Un membre de votre famille est possédé ? Vous êtes l'objet d'une malédiction ? Pas de problème ! John Constantine peut vous aider. Mais sous son trench-coat élimé, la clope éternellement au bec, avec ses faux airs de Sting, Constantine est un beau-parleur, un manipulateur arrogant, une ordure de première classe qui n'hésite jamais à employer les grands moyens. Bluffer les forces occultes, trahir ses amis, ou carrément sacrifier ses employeurs si la situation l'exige. Bref, pas forcément le genre de type recommandable.

Pour saisir l'ambiance d' « Hellblazer », pensez au film « Angel Heart » d'Alan Parker ou bien imaginez les aventures de Patrick Kenzie (le privé créé par Denis Lehanne) écrites par Chuck Palahniuk ou Clive Barker.


« Garth Ennis présente Hellblazer, tome 1 » compile les premiers épisodes d'Ennis sur le titre, plus précisément Hellblazer #41 à #55 (à l'exception du #51). Soit au menu : deux récits complets (« Dépendance mortelle » et « Sang Royal »), plus quelques récits courts et indépendants. Si vous avez manqué les quarante premiers numéros, aucun soucis : ces aventures sont parfaitement accessibles aux nouveaux lecteurs.


Comme il l'explique dans l'éditorial, l'auteur s'est longtemps demandé ce qu'il allait bien pouvoir raconter de plus que Jamie Delano. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que le satané irlandais démarre fort : John Constantine apprend qu'il est en phase terminale d'un cancer, il ne lui reste plus que quelques jours à vivre. La seule solution qu'il lui reste est de pactiser avec les démons. Mais le jeu en vaut-il la chandelle ?

Ce n'est que le début des ennuis pour Constantine qui au fil de ses aventures croisera le premier vampire de l'histoire de l'humanité, des fantômes hantant un pub anglais, ou un ange pas si angélique…


Dès ses premiers pas sur la série, Garth Ennis installe sa patte et développe ses thématiques favorites : l'amitié comme valeur fondamentale (« il n'y a que vos amis qui peuvent vous rappeler qui vous êtes vraiment »), un goût pour la provocation parfois gratuite, une violence graphique à la limite du grotesque (ce qui dédramatise pas mal certains débordements), une vision du milieu prolétaire et populaire anglais, et la satire politique (le récit « Sang Royal » ne laissant que peu de doutes quand aux idées contestataires de l'artiste).


Graphiquement, la série pourra décourager les lecteurs pour qui l'esthétisme d'une bande-dessinée est primordiale. « Hellblazer » n'est pas une histoire de surhomme aux muscles saillants dans des costumes colorés, ici les artistes tentent de présenter une réalité dépressive. Vu sous cet angle, les dessinateurs qui se succèdent ne déméritent pas. Et Garth Ennis ne les ménage pourtant pas : la plupart des scènes sont de longs dialogues plutôt statiques ; Constantine ne se battant presque jamais, l'action est rare. On n'oubliera pas que ces histoires ont presque 25 ans, conçue avec un système de colorisation bien moins performant que maintenant. À noter les dessins de Steve Dillon, avec qui Ennis retravaillera sur « Preacher » (réédité le mois dernier, toujours chez Urban Comics).


Engagé, noir, cynique, mais aussi émouvant, un premier volume qui prend aux tripes et qui pourrait bien séduire les réfractaires aux comics traditionnels.



Stéphane Le Troëdec



Garth Ennis (scénario), William Simpson, Steve Dillon et David Lloyd (dessins)

Garth Ennis présente Hellblazer, tome 1

Traduit de l'anglais (USA) par Philippe Touboul

Édité par Urban Comics (février 2015)

Collection Vertigo Signatures

416 pages

28 euros

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