The Escapists

Après le décès de son père, Maxwell Roth découvre que ce dernier était passionné de comic-books, et plus particulièrement d’un personnage appelé The Escapist, un mélange entre le justicier masqué et Harry Houdini. Maxwell Roth ne tarde pas à devenir lui aussi un fan du personnage. Quelques années plus tard, à la mort de sa mère, il hérite d’une belle somme d’argent qu’il dépense dans l’acquisition des droits de The Escapist. Son but ? Relancer une nouvelle bande-dessinée mettant en scène les aventures de son héros. Il s’associe avec une dessinatrice et un ami d’enfance pour créer leur studio de production…

 

Il y a tout d’abord un roman de Michael Chabon, Les Extraordinaires Aventures de Kavalier & Clay, dans lequel Josef Kavalier, un juif qui a fui Prague et les persécutions nazies, et Sam Klay, son cousin qui l'accueille à New York, unissent leur talent pour créer un personnage de comic-book : The Escapist. Une manière pour Michael Chabon de rendre hommage à Jerry Siegel et Joe Shuster, les créateurs de Superman, mais aussi à d’autres artistes comme Stan Lee, Will Eisner ou Jack Kirby.

 

Et puis il y a donc ce récit complet de Brian K. Vaughan, The Escapists (notez le pluriel), qui a l’intelligence de s’appuyer sur le roman, de lui rendre hommage sans jamais que ce dernier ne devienne indispensable. Donc, oui, même si vous n’avez pas lu Les Extraordinaires Aventures de Kavalier & Clay, vous pouvez lire The Escapists. Non, vous DEVEZ lire The Escapists.

 

The Escapists, c’est un comic-book qui raconte les aventures d’artistes qui créent des comic-books, et évidemment des obstacles qu’ils vont rencontrer : une bataille juridique autour des copyrights, les compromis qu’il faut parfois faire pour vendre son histoire, la publicité pour faire connaître son travail, etc. En fait, The Escapists parle de manière générale du monde des comic-books, de ceux qui les font, de ceux qui les lisent, de ceux qui les aiment, et aussi de ceux qui les critiquent. Plus le récit progresse et plus on devine qu’il y a chez Vaughan la volonté de transformer cette histoire, au début relativement simple, en une métaphore sur le média « comics » dans son ensemble.

 

Il apparaît rapidement que The Escapists est plus qu’un simple comic-book, puisque même dans sa mise en page, les auteurs cultivent la mise en abîme. L’histoire que Maxwell Roth et ses amis vient s’intercaler dans les pages de l’album, jusqu’à ce que parfois les deux intrigues s’entremêlent. On peut donc lire comment la vie des artistes influence leur travail… et inversement. De la mise en abîme dans une mise en abîme, n’est-ce pas un peu trop ? Non, car non seulement la narration maîtrisée de Brian K. Vaughan fonctionne à merveille, mais les dessinateurs et les styles graphiques changent carrément d’une ligne narrative à une autre.

 

Et pour terminer, il y a ce final, absolument époustouflant de sensibilité et qui, je dois bien l’avouer m’a laissé tremblant d’émotion. Une charge énorme contre les réacs qui aimeraient que les comic-books n’évoluent plus ou les éditeurs qui tombent dans les recettes faciles. Pour ma part, Brian K. Vaughan et ses amis ont su viser juste : rarement un titre m’aura à ce point impressionné et ému.

 

Un chef d’œuvre d’intelligence et de sensibilité.

 

 

Stéphane Le Troëdec

 

 

 

Brian K. Vaughan (scénario), Steve Rolston, Jason S. Alexander, Philip Bond (dessin)

The Escapists

Édité en France par Urban Comics (07 octobre 2016)

Traduit par Jérémy Manesse

Collection Urban Indies

17,50 €

184 pages en couleurs, papier glacé, couverture cartonnée

EAN : 9782365778626

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