Les blessures et les insultes : Arno Bertina

Par l'introspection et la mémorialisation, Bertina, via la voix d'un narrateur propose un voyage au pays des jeunes femmes éprises d'esprits et de sorcellerie. Ces prostituées mineures du Congo sont rejetées encore plus bas que dans nos sociétés occidentales. Leur service est tarifé à minima (à peine celui d'un plat standard) et tient à des histoires de viol.

Les files souffrent de la violence économique et des hommes. L'usage du monde prend ici des visions qui refusent l'universalisme des valeurs. Le voyage au Congo évite ici tout pittoresque pour certes souligner la douleur, la victimisation mais pas seulement. Tout n'est pas intégralement dramatique dans de tels portraits là où pourtant les insultes et la blessure pleuvent et transpirent.
L'auteur se refuse à une vision univoque : il y a certes l'horrible mais un véritable  jeu vital chez ces femmes (que Bertina a rencontré via une ONG et des ateliers d'écriture). La français, pour ces filles, n'est pas la langue de l'intime et de l'émotion mais l'auteur les aide à traduire ces phrases de prières et d'abandon, de consolations et rarement de suppliques

La littérature parle ici avec ce que nous pensons à travers une "adresse" à nos propres idées et représentations. Loin des fantasmes de maitrise il s'agit de rejoindre le monde, un peu comme Claude Simon le fit.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Arno Bertina, L'âge de la première passe, Verticales, mars 2020, 272 p.-, 20 €
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