Victor Hugo (1802-1885), poète, romancier, dramaturge, homme politique, a révolutionné le théâtre et la langue poétique.

Interpréter le théâtre de Victor Hugo

Dans la préface de Lucrèce Borgia, Victor Hugo écrit que « le théâtre est une tribune. Le théâtre est une chaire. Le théâtre parle fort et parle haut ». Des mots qui parcourent en quelque sorte toute l’œuvre théâtrale du grand auteur et y résonnent en permanence, avec des accents divers. Au théâtre comme en poésie, se révélant à chaque fois comme un remarquable « ouvrier de l’intelligence », Victor Hugo s’engage. En faveur de tous les combats, pour la liberté de penser, pour la paix, pour le respect de l’homme, contre la peine de mort, contre la misère, pour l’égalité, souhaitant que « l’homme du peuple, pour dix sous, fût aussi bien assis au parterre, dans une stalle de velours, que l’homme du monde à l’orchestre, pour dix francs ». Il faudra néanmoins attendre bien des décennies pour que l’utopie qu’il appelait de ses vœux soit réalité. Plein d’ardeur, il remet en cause les règles classiques en vigueur et promeut un théâtre moins contraint, plus libre. Le drame romantique bouleverse en effet le principe jusqu’alors intangible des trois unités. Tout au long de sa carrière théâtrale, Hugo éprouve les feux de la critique, passant des éloges aux affronts, l’accueil de ses pièces ayant été sans cesse variable. Cromwell, texte considérable, est difficile à jouer, Hernani donne lieu à la célèbre bataille, Les Burgraves n’auront pas le succès escompté. Les polémiques sont nombreuses. Mais Emile Faguet (1847-1916), auteur de « L’Art de lire », écrivain renommé en son temps, estime que les drames de Victor Hugo, comme Marion de Lorme par exemple, sont particulièrement brillants, puissants et lyriques.  

 

Le théâtre, domaine dans lequel il s’impose jeune, représente donc bien pour lui cette tribune d’où il peut se faire entendre de tous les publics. Bien qu’il sache avec son talent habituel comment user du mélange des genres, il n’en fait pas cependant un système. Il montre que les hommes ont en commun, quelles que soient leurs conditions sociales, les mêmes passions, les mêmes folies, les mêmes dévouements. Pour revenir à Lucrèce Borgia, la pièce est jouée en 1833 au théâtre de la Porte-Saint-Martin. Elle connaît un succès considérable, « le plus grand jamais rencontré au théâtre par Hugo de son vivant ». Aux côtés des deux grands acteurs, Melle George et Frédérick Lemaître dont Hugo saluait le génie, une actrice qui a un petit rôle apparaît, sur scène et dans la vie de Victor Hugo, Juliette Drouet. Leur histoire, qui durera cinquante ans, naît à ce moment-là.  

 

Normalienne, agrégée de Lettres, professeur à la Sorbonne, spécialiste de l’histoire du théâtre de ces deux derniers siècles, Florence Naugrette connaît de l’intérieur le théâtre hugolien. Dans ce petit ouvrage, elle en démonte et remonte les ressorts, présente cette « entreprise ambitieuse » dans laquelle Hugo se lança à la conquête du succès mais aussi et sans nul doute, surtout du public, la scène devant être pour lui cette tribune évoquée plus haut. On découvre un Hugo attentif aux décors, proche des acteurs, soucieux que le public sorte du théâtre enrichi de « quelque moralité ». Au fil des pages, elle aborde sous tous les angles l’histoire et la portée sociale, politique, intellectuelle, de ce théâtre et le replace dans le cadre de son temps. « Une pièce de théâtre, une comédie, une tragédie, un drame cela doit être une sorte de personne, cela doit penser, cela doit agir, cela doit vivre » avait-il déclaré. Rédigé par une experte de la question, ce livre analyse et explicite ce souhait.

 

Dominique Vergnon

 

Florence Naugrette, Victor Hugo, éditions Ides et Calendes, collection « Le théâtre de ***», 112 pages, 12x19 cm, février 2016, 10 euros

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