Une grande dame dans sa nature

« Chez les La Panouse, les parcs sont bien plus qu'un business. Ils sont une extension de leur vie familiale, culturelle, sociale. Il n'y a pratiquement pas de rupture entre tous ces registres » disait un ami de la famille. Savoir transmettre les traditions est une manière de devoir dans cette famille.


Avoir été seigneur au XIIIème siècle comme le furent Motet II de La Panouse et son frère Raoul qui se sont croisés sous Louis IX, être « seigneur des parcs » au XXIème siècle est un lien qui traverse le temps. Autres combats, identique résolution. «D’argent, à six cotices de gueules», le blason n’a pas changé.


Le nom de Thoiry est célèbre en France. On le situe aisément, le site est connu, même quand il n’est pas visité. « Pas de vie animale sans vie végétale », selon Paul de La Panouse, qui a voulu en 1968 créé le parc animalier autour du château ancestral. Les animaux bénéficient d’un environnement adapté. On connaît la boutade qui attire le public : « 40 lions en liberté à quarante minutes de Paris ». Parmi les arbres, se dresse le chêne dit de François 1er. Il a été planté sous le règne de ce roi et peu à peu est devenu lui-même un monarque. « Nos frères les arbres », dit encore le propriétaire, estimant que la sève et le sang, irriguant la vie, ont de ce fait beaucoup en commun.

 

A l’inverse des jardins anglais qui donnent l’impression de n’obéir à aucune contrainte, visible tout au moins, les jardins à la française - on pense à la stricte et impeccable ordonnance des parterres de Versailles voulus par Le Nôtre - semblent « domptés et tyrannisés par l’homme ». Dans les archives de Thoiry est conservée la traduction par le duc de Nevers du traité de Walpole, parlementaire et amateur de jardin, qui avait écrit en 1780 un ouvrage, On Modern Gardening, prônant cette liberté naturelle que l’on voit dans les parcs anglais. A côté des somptueuses perspectives classiques, le style romantique s’est donc installé à Thoiry.

 

Ayant appris à aimer les jardins aux Etats-Unis - elle se souvient de sa grand-mère cultivant les fleurs pour l’église de son village du Minnesota - Annabelle de La Panouse va se charger de réaménager l’espace végétal du château, en redessiner les contours, planter de nouvelles variétés, introduire ainsi les couleurs qui varient avec les saisons, comme pour le Jardin d’automne, le Jardin corail, le Jardin blanc. Elle a conçu également un labyrinthe en if sur le thème suivant, « Le songe de Poliphile ».  

En dehors de Thoiry, composant à partir de ce qu’offre inépuisablement la nature, la main d’Annabelle de La Panouse est intervenue dans d’autres lieux, notamment le domaine du Colombier pour en faire un Eden médiéval. La nature a ses lois, ses fantaisies. Pour réussir, il faut les connaître. Madame de La Panouse a fait « des recherches pendant des heures et des journées entières dans des livres sur des jardins médiévaux ». Elle a lu « les traductions des écrits de sainte Hildegarde de Bingen, abbesse germanique, femme médecin, littéraire et mystique, auteur d’une vraie pharmacopée ayant eu exclusivement recours aux remèdes de la nature ». Au Portugal, elle a créé enfin un vaste domaine appelé La Quinta das Mil Flores.

 

En lisant ce livre, ce n’est pas seulement la vie et la passion pour les jardins d’Annabelle de la Panouse que l’on lit. C’est toute une nature qui s’épanouit, se décline, éclot, embaume, s’enracine, que ce soit avec le viburnum, les hydrangeas, les pivoines, le papaver orientalis, le rosier grimpant, le citrus mandarinier et combien d’autres. « Embellir pour enchanter », une seconde devise. Sa vie, telle qu’elle la raconte, fleurit en dépit des épreuves et des revers. Ces pages à la fois personnelles et proposées avec simplicité et élégance au public, dévoilent les étapes d’une existence mais révèlent par la même occasion des senteurs, des fragrances, le bonheur de relier l’être à la terre. Elles invitent aussi à découvrir une façon de vivre, de recevoir, de combiner les objets avec les mets, de retrouver dans le quotidien l’esthétique intemporelle de la nature qui ne se trompe pas. Des essences pour ravir les sens.

 

Dominique Vergnon

 

Bettina de Cosnac, Jardins d’histoire et sans histoire…de la comtesse de La Panouse, éditions Monelle Hayot, 20,5x27 cm, 208 pages, 304 illustrations, juin 2014, 35 euros.  

 

 

 

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