Max Fullenbaum : maux et air

Nul ne peut se remettre de l’Histoire, surtout lorsque sous Hitler on portait un nom que l’auteur nomme inflammable. Pour autant, Fullenbaum n’écrit pas un énième livre sur la Shoah. Il surprend ici par la puissance de son écriture expérimentale. Pour dire le désastre, l'auteur, au lieu d’étouffer la langue la déplace à la fois par changement de genres, cassures, répétitions et scansions.
Celui qui dans son enfance a échappé par un quasi-miracle aux rafles et a dévalé son pays en Pétainie, mélange ses souvenirs et le réel en fragments ambitieux, angoissants, terribles au nom de La mohair qui inclut mort et air dans ce que les nazis ont commis comme forfaits.
Quelque chose d’irréductible transforme la littérature : elle ne fait pas image,  elle s’invente et progresse. Elle indique une traversée au moment où le texte semble appartenir non à un ordre de ce qui fut ou de ce qui est, mais de ce qui reste en devenir dans les jeux de substances syntaxiques. L’auteur remonte et démonte la topographie de la Shoah par celle de l'écriture. Elle devient une poétique de l'espace du son et du sens., sort soudain du for clos. Exit nulle possibilité de négligence, rêverie, oubli.
L'impensable est mis à nu de manière intime et générale par celui qui offre une vision impitoyable en laissant la place à une circulation parfois étrange. À l’étoile imposée succèdent des foulards choisis sans que l’histoire fasse de grand pas en avant – sinon au bord de bien des gouffres. C’est aussi vieux que le monde.

Jean-Paul Gavard-Perret

Max Fullenbaum, Mohair suivi de Mot à mot oratorio, Voix éditions, février 2024, 26€

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