Une terne réactivation du mythe d'Oedipe à la Colline

Une vielle voix éraillée, dans le noir, rappelle le rôle d’Œdipe : ses déterminations, ses souffrances ses ultimes abnégations. Sur quelques notes de guitare, se brosse le tableau d’un héros démenti, résigné, plein d’une lugubre sérénité qui le rend lucide, voire acerbe. Puis le public est ébloui par la lumière qui l’aveugle. Une bourrasque concentre l’attention sur la scène : Antigone guide son père comme une sphinge. On assiste longtemps à un spectacle minimaliste : des jeux d’ombres réduisent les comédiens à leur gestuelle derrière un voile. Wadji Mouawad fait le choix d’une représentation à vocation méditative, qui tente le pari audacieux d’un dialogue entre les personnages et le présent. Il s’agit de construire une fresque païenne à valeur incantatoire. Le tableau est sacralisé par la disposition d’un rideau en front de scène, qui fait des comédiens des ombres statufiées.

La représentation procède d’une conjonction d’époques, mais le spectacle reste statique. Ses moments clés sont bien mis en valeur par d’amples et efficaces jeux de lumière. Les grands épisodes de la vie d’Œdipe sont mis en relations avec des événements contemporains dramatiques qui se déroulent en Grèce (présentés de façon générique et symbolique à travers la blessure potentiellement mortelle d’un jeune homme). Les situations inextricables et les solutions impossibles sont mises en écho, à travers une écriture un peu prosaïque pour sa vocation mythique. Le texte cède parfois à quelque naïveté. C’est que, souscrivant à la tentation de l’explicitation, Wadji  Mouawad risque de scléroser l’imagination : au terme de la verbalisation, on s’expose à ne plus rencontrer que de bonnes intentions. Lors du final les effets d’éclairage font des personnages immobiles et solennels comme une présence dans un tableau hyperréaliste qui ne porte plus son sens. Il reste une tentative méritoire, certes foncièrement imparfaite, d’un passeur contemporain de mythes.

Christophe Giolito

Les Larmes d’Œdipe, d’après Sophocle.

texte et mise en scène Wajdi Mouawad

Avec Jérôme Billy, Charlotte Farcet, Patrick Le Mauff

Assistant à la mise en scène : Alain Roy ; assistante à la mise en scène en tournée : Valérie Nègre ; compositions chantées originales : Jérôme Billy ; scénographie : Emmanuel Clolus ; lumières : Sébastien Pirmet ; musiques originales : Michael Jon Fink ; réalisation sonore : Michel Maurer ; costumes : Emmanuelle Thomas ; son : Jérémie Morizeau ; plateau : Marion Denier et Magid el-Hassouni.

A La Colline 15, rue Malte‑Brun 75020 Paris 01 44 62 52 52  http://www.digitick.com/index-css5-colline-pg1.html

Du 23 mars au 2 avril 2017, du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30. Durée : 1 h 40

 

Production : La Colline, en coproduction avec Au Carré de l’Hypoténuse-France, Abé Carré Cé Carré-Québec compagnies de création, Le Grand T théâtre de Loire-AtlantiqueMons 2015 – Capitale européenne de la cultureMars-Mons arts de la scèneThéâtre Royal de Namur
avec le soutien de l’École nationale supérieure d’architecture de Nantes et du Château des Ducs de Bretagne.

Tournée

Le spectacle a été créé le 28 juin 2015 à Mons 2015 - Capitale européenne de la culture, dans le cadre de l’intégrale des 7 tragédies de Sophocle.

Des Mourants (Inflammation du verbe vivre et Les larmes d’Oedipe, d’après Sophocle)
Le Grand T – théâtre de Loire-Atlantique, Nantes, du 14 au 20 octobre 2016
Centro Dramático Nacional-Valle Inclán, Madrid, du 28 au 30 octobre 2016
La Filature – scène nationale, Mulhouse, les 24 et 25 novembre 2016
Théâtre de Caen les 15 et 16 mars 2017
L’Archipel – scène nationale, Perpignan, du 4 au 6 mai 2017

Édition : Le texte Les Larmes d'Œdipe a paru aux éditions Leméac / Actes Sud-Papiers en avril 2016.

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